Le charivari — 53.1884

Page: 357
DOI issue: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/charivari1884/0363
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
CINQUANTE-TROISIÈME ANNÉE.

Prix du Numéro : 25 centimes

MARDI l'r AVRIL ISS4

ABONNEMENTS

PARIS

_.JTrois mois. 18 fr,

mois. 36 —

Un\an. 12 —

ements parlent des 1°’ et / s de chaque mois

DIRECTION

Politique, Littéraire et Artistique

PIERRE VÉROIV

Rédacteur en Chef.

BUREAUX

DE LA RÉDACTION ET DE L’ADMINISTRATION

Rue de la Victoire, 20

ABONNEMENTS

DÉPARTEMENTS

Trois mois. 20 fr.

Six mois. 40 —

Un an. 80 —

Vabonnement d un an donne droit à la prime gratis

DIRECTION

Politique, Littéraire et Artistique

PIERRE VÉRON

Rédacteur en Chois’,

ANNONCES

ADOLPHE EWIG, FERMIER DE LA PUBLICITÉ

Rue Joquelet, 11

CHARIVARI


BULLETIN POLITIQUE

Oq rit encore de l’étonnante histoire du projet de
loi sur le sectionnement, dans lequel une rédaction
fantaisiste avait introduit une clause interdisant de
débaptiser Paris.

Depuis lors, l’attention étant appelée de ce côté,
on a imaginé un petit jeu de société qui varie agréa-
blement le corbillon.

On lieu du Qu'y met-on traditionnel, la formule
est: « Je débaptise Paris: comment l’appellera-
t-on? »

Et les réponses de varier à l’infini.

C’est :

Pianopolis,

Cocotopolis,

Bookmakeropolis,

Ecrasopolis,

Joffrinopolis,

Alphonsopolis,

Récidivopolis,

Gayarréopolis,

Blaguopolis,

Crackopolis,

Poubellopolis...

Est-ce que je sais ! On en trouve toujours, on en
trouverait jusqu’à demain.

Si la Chambre n’a pas jusqu’ici produit beaucoup
de lois fécondes, elle aura du moins procuré aux
oisifs un bon quart d’heure de distraction.

C’est toujours ça.

Ceux qui ne jouent pas au Jeu du baptême, et qui
sont amateurs d’énigmes ou de charades, ont la res-
source de s’adonner à un autre exercice non moins
émoustillant.

Ça s’appelle le Jeu des vases. Pas d’œil au fond.
Vous n’êtes pas sans avoir entendu parler de
l’envoi mystérieux qu’on dit avoir été fait à l’empe-
reur d’Allemagne. Des vases de Sèvres lui ont été
expédiés par un anonyme.

C’est cet anonymat qu’il s’agit de percer. On pose
des interrogations à la ronde. Chacun dit la sienne.

On n’avait rien de mieux à faire que de pousser
ainsi l’affaire au comique. De toute façon, en effet,
le poids de ces deux vases n’était pas pour déranger
l’équilibre européen. Que nous importe leur prove-
nance

Cela ne peut modifier en rien les sentiments iné-
branlables que nous professons à l’endroit de l’Al-
lemagne, pas plus que ceux que l’Allemagne pro-
fesse à l’endroit de la France.

Dans tous les cas, la façon dont on prend les

choses prouve que les esprits ne sont pas tournés
au noir.

L’horizon se remblondit.

Parlez-moi des Anglais! Voilà des gaillards qui
ne font pas de fanfaronnade.

Il y a longtemps qu’un diplomate russe disait :

— L’Angleterre a le génie de la reculade.

Ces bonnes traditions sont conservées.

On en a la preuve dans les résolutions qui vien-
nent d’être prises au Soudan.

Tout d’un coup, en apprenant la prise de Khar-
toum où ce bon Gordon s’est laissé pincer, Albion
s’est aperçue qu’elle faisait fausse route. Et, pensant
qu’elle avait assez de l’Irlande pour l’occuper en ce
moment, elle a envoyé à son général cet ordre la-
conique renouvelé de Godard : « Lâchez tout ! »

On va tout lâcher.

Ce qu’il y a d’admirable, c’est que le général lâ-
cheur a pris un petit air capable pour annoncer
l’événement :

« La campagne est terminée », disait son bulletin
de... débâcle.

Et allez donc ! Pas plus malin que ça.

Mais personne ne se trouvera en Angleterre pour
blâmer cette retraite eu mauvais ordre. On ne s’y
paye pas de mots, on voit les faits comme ils sont.
Si on y pratique volontiers la raison du plus fort,
on y pratique plus volontiers encore la prudence du
plus faible.

Quelle différence entre le tempérament de cette
nation-là et le nôtre !

Je ne donne pas l’autre pour l’idéal. Ça manque
visiblement de chevaleresque.

Mais ici nous tombons tout de suite dans l’excès
contraire. Si l’esprit de calcul entraîne trop facile-
ment les Anglais en arrière, le chauvinisme nous
emp’orte trop aisément en avant.

Heureux serait le peuple qui pourrait prendre
une bonne moyenne entre ceci et cela ! Je crois
qu’il gouvernerait le monde.

Pierre Véron.

LETTRES -DU PHILOSOPHE

XXXVIII

ÉCHEC AU VITRIOL

Monsieur le Directeur,

C’est invraisemblable et cependant c’est vrai.

On vient de condamner une vitrioleuse.

La profession paraissait détinitivement à l’abri de
cette mésaventure. On avait commencé par acquit-
ter dans des conditions données une héroïne digne
de quelque intérêt.

Puis une autre moins sentimentalement tou-
chante.

Puis une troisième vulgairement criminelle.

Puis toutes.

Il n’y avait plus de raison pour que cela finît.
Pourtant il semble que cela veuille finir.

Il s’agissait d’une demoiselle peu vertueuse qui
avait conjugué le verbe céder avec toutes sortes de
personnes.

Un brave homme d’Auvergnat, après avoir mari-
vaudé en sa compagnie, s’était aperçu des collabo-
rations qu’on lui imposait.

Ii aurait pu, à la rigueur, vitrioler aussi.

Il se contenta de défiler et d’aller chercher une
femme moins partageuse en sa chère province d’Au-
vergne. Il la trouva, se maria et se disposa à être
heureux en ayant beaucoup d’enfants.

La délaissée ne l’entendit pas ainsi.

Elle guetta le retour du couple, pinça au demi-
cercle son lâcheur et l’aspeigea d’acide sulfurique.

Ce dont il faillit mourir.

Quoiqu'il en soit revenu, il s’est trouvé enfin un
jury sensé pour réagir contre le système d’indul-
gence plénière qui semblait prévaloir.

La vitrioleuse a été gardée ep prison.

Je me permets de rn’en réjouir sans cérémonie.
Il était temps que cet exemple arrêtât l’émulation.

Autrement on aurait été forcé de se promener
sous le masque ou avec des parapluies préservant
de ces averses spéciales.

Je ne parle pas seulement des séducteurs. Je
parle aussi des passants, exposés sans cesse à re-
cueillir l’ondée peu bienfaisante qui était destinée à
un autre.

Toute plaisanterie à part, la justice en France est
en train de patauger d’une façon alarmante.

Les théories de tolérance professées par certains
humanitaires auraient pour conséquence directe de
dépeupler le sol français, alors qu’au contraire il a
tant besoin d’être repeuplé.

Nous rétrogradions tout doucettement jusqu’aux
âges de barbarie où l’on ne connaissait que deux
droits : le droit du plus fort et le droit du plus ra-
geur.

Ce ne peut cependant pas être l’idéal d’une société
qui se croit et se dit civilisée.

Les philanthropes dévoyés qui prêchent cette
croisade d’acquittement à outrance ne s’aperçoi-
vent même pas qu’ils travaillent — en ce qui con-
cerne particulièrement le vitriolisœe — à l’abolition
complète de la vertu.

Il faut pourtant bien que les filles chastes aient un
petit profit à celte chasteté, et que les autres ris-
quent de perdre autre chose que leur virginité.

Voilà la dernière condamnée.

La bamboche lui agréait. Elle devait s’attendre à
en subir les conséquences.

On crie toujours à la séduction, comme si la sé-
duction ne s’exerçait que du côté de l’homme.

À Paris, je mets en fait — pardon, mesdames —
qu’il y a plus d’hommes subornés que suborneurs.

Avec cette aggravation que les dames ou demoi-
selles qui y giboyent ne se contentent pas de nous
induire en fredaines.

Elles nous dévalisent par-dessus le marché.
loading ...