Le charivari — 53.1884

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CINQUANTE-TROISIÈME ANNEE.

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MERCREDI 1« OCTOBRE 1884

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ADOLPHE EWIG, fermier de la pubimiïè

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LE CHARIVARI

BULLETIN POLITIQUE

L’agitation ouvrière continue à Lyon. Elle s’y est
corsée de quelques incidents personnels qui mon-
trent sous un jour nouveau

I es retours imprévus des choses d'ici-bas

Dans la réunion publique des ouvriers sans tra-
vail, une place avait été réservée sur l’estrade aux
membres des corps élus.

Le président ayant invité les personnes qui se
trouveraient dans la condition requise à vouloir
bien prendre place près de lui, un seul homme s’est
levé, a gravi les degrés.

C’était M. Àndrieux.

Immédiatement des manifestations hostiles se
sont produites, et des assistants ont paru s’étonner,
s’indigner même de la présence du député lyonnais
dans une assemblée de ce genre.

C'était là une inconséquence étrange. Quand on
convoque les gens, c’est en général pour qu’ils vien-
nent.

Au milieu de ces tiraillements, M. Andrieux finit
par prendre la parole, ce qui n’était pas facile du
tout, et a réussi à la conserver, ce qui semblait
impossible.

Ses paroles, vu l’absence de sténographe, ont été
rapportées avec quelques variantes entre lesquelles
le choix hésite.

D’après une version, M. Andrieux aurait dit :

« La crise existe et menace de durer longtemps.
Dans ces conditions, les pouvoirs publics ont le de-
voir d'intervenir. Pour moi, j’ai cherché à provoquer
cette intervention. J’ai écrit à M. Spuller, président
de la commission des Quarante-Quatre, en lui expo-
sant la situation de la population lyonnaise, et en
lui demandant, à cause de l’urgence, de réunir au
plus tôt cette commission. »

Dame! on comprend assez aisément que cette
évocation de la commission des 44 n’ait pas pleine-
ment satisfait l’auditoire.

La pauvre commission a montré jusqu'à présent
une si parfaite impuissance! Ses séances ont été si
franchement ridicules et si piteusement stériles !

Il y avait de quoi agacer certaines susceptibilités,
qui effectivement ont fait entendre aussitôt de vives
protestations.

Un citoyen, mettant les points sur les i, demande
à M. Andrieux ce qu’il faut faire pour parer aux né-
cessités de demain et s’il imitera le citoyen Fichet.
Il lui demande aussi s’il est toujours disposé, comme
il l’était en 1869, à faire appel à la force pour assu-
rer le triomphe de ses idées.

« Au cas où le maire de Lyon ne réussirait pas
dans ses démarches, M. Andrieux voudra-t-il se
mettre à la tête des ouvriers pour aller enfoncer le
conseil municipal ? Le citoyen Andrieux est invio-
lable. Il n’a rien à craindre en se mettant à la tête
d’une manifestation... »

M. Andrieux propose d’abord que la même ques-
tion soit adressée à ses collègues en députation, puis
finit par cette phrase:

« Si les nécessités politiques imposent jamais de
recourir à la force, je ne reculerai pas. »

La phiase, par sa véhémence même, semblait de-
voir donner satisfaction à l’assistance. Pas du tout.

Un autre citoyen a protesté de plus belle, accusant
M. Audrieux de venir faire de la réclame électorale,
d’ambitionner un portefeuille, et lui contestant le
droit de se présenter dans une réunion socialiste,
lui qui a jadis fait arrêter le socialiste Hartmann.

M. Andrieux a riposté qu’il était venu parce qu'on
l’avait convoqué, ce qui continuait à être extrême-
ment logique. Puis on s’est séparé jusqu’à une pro-
chaine convocation, qui sera suivie d’une manifes-
tation à la tête de laquelle M. Andrieux serait prié
de se mettre.

Ou en est là.

Il nous semble que, dans ces circonstances, une
cerlaine confusion a régné dans les idées de tout ie
! monde, y compris M. Andrieux.

Quand on est représentant du peuple, représen-
tant légal, on n’a pas à parler d’un appel à la force,
on n’a pas à entrevoir cette hypothèse.

C’est dans la légalité seulement, c’est dans le
fonctionnement régulier des pouvoirs publics qu’on
doit chercher les solutions.

Lorsque, de plus, on a, comme préfet de police,
montré une énergie de répression assez particulière,
on joue un rôle fait pour surprendre, si tout à coup
on se range parmi les assaillants de l’ordre social.

C’est ce qui explique de reste la méfiance témoi-
gnée par la réunion ouvrière de Lyon. On se
rappelait l’époque où M. Andrieux était du côté du
manche.

Nous demeurons convaincu, d’ailleurs, que sa
phrase sur le recours à la force, en admettant
qu’elle ait été dite, n’a été qu’un effet de rhétorique
momentanée. Personne ne saurait se représenter
M. Andrieux chef de barricades et désertant le Par-
lement pour entreprendre l’émeute. Il n’aurait rien
à gagner au troc.

Car, en dépit de tous ses efforts, et redoublât-il
de violence, jamais il n’arriverait à se faire prendre
pour un anarchiste bon teint. Jamais il n’exercerait
aucune influence sérieuse sur les groupes révolu-
tionnaires, collectivistes, possibilités ou impossi-
bilités.

Il aurait donc ,eu tort, dans son propre intérêt, de j
rechercher la popularité par ce moyen absolument
inefficace et particulièrement compomettant.

M. Andrieux a-t-il les arrière-pensées ministé-
rielles qu’on lui attribue? Nous l’ignorons, nous
n’avons pas à 1e savoir.. Eu tout état de cause,
nous ne voyons pas à quel portefeuille pourrait con-
duire un pareil itinéraire.

Les évolutions parlementaires le ramèneraient au
pouvoir que nous n’en serions nullement surpris.

Mais, te jour où il serait fait appel à la force, la
force bouleverserait tous les Andrieux du monde et
leur passerait sur le corps.

D’un conflit de rue, il sortirait non pas triomphant,
mais écrasé.

Tout nous porte donc à croire qu’il s’abstiendra
soigneusement de mettre à exécution les projets
belliqueux qu’on lui attribue.

Pierre Véron.

LYII

LA CHASSE AUX MORTS

Monsieur le Directeur,

Taïaut ! Taïaut I... C’est la fanfare funèbre. Taïaut !
Taïaut !... C’est le cléricalisme qui chasse.

Je ne veux pas parler de la chasse aux vivants,
pratiquée depuis la Saint-Barthélemy soit au tir,
soit à courre, soit à l’affût.

Mais bien de la chasse aux morts que les gens
d’église mènent avec tant d’âpreté.

Un exemple récent vient encore de prouver que
les chasseurs redoublent d’ardeur.

Taïaut ! Taïaut !

Un vers célèbre de Musset a dit :

Que feriez-vous, monsieur, du nez d’un marguillier ?

On se demande ce que le fanatisme peut bien
vouloir faire du cadavre d’un libre-penseur.

Cadavre récalcitrant s’il en fut.

Et pourtant les faits sont là. Us montrent que les
détournements de cercueils sont toujours un des
crimes spécialement recommandés par l’orthodoxie.
Il s’agit du baron de Ponnat.

Le baron de Ponnat ôtait, dit-on, un de ceux
dont la volonté formelle s’était le plus hautement
et le plus souvent affirmée.

Sa vie entière avait été'consacrée à des luttes
qui devaient, ce semble, mettre sa mort à l’abri.

Comme un journal le rappelait hier encore, ie
baron se t ouvait, sur tes questions religieuses, en
opposition avec tous les siens. Autant il était un
, ennemi déclaré de l’Eglise, autant ses propres en-
i fants étaient de fervents catholiques. Sa fille avait
! même renoncé au monde et s’était faite religieuse.
Cette situation préoccupait beaucoup M. de Pon.
nat ; il craignait deux choses : premièrement qu’a-
près sa mort ses héritiers ne tissent disparaître
ses nombreux écrits sur la religion et particulière-
ment son Histoire des variations et des contradictions
de VEglise romaine, ouvrage considérable, auquel il
a consacré vingt ans de sa vie ; secondement qu’on
ne lui administrât, malgré lui, les derniers sacre-
ments et qu’on ne lui fît des obsèques religieuses.

Sous l’empire de cette préoccupation qui le tenait
constamment — tous ses amis peuvent en rendre
témoignage — M. de Ponnat avait accumulé précau-
tions sur précautions pour mourir dans la foi phi-
losophique où il avait vécu et pour que sa mort et
ses obsèques ne donnassent pas un démenti à sa
vie.

Et cependant ce démenti a été donné.

Et cependant ce cercueil a été traîné de force à
l’église, quand oelui qu’il contenait a été cloué et
dans l’impossibilité de crier : Ausecoitrs !

Je ne m’occupe pas de ce qu’a fait la famille.

Elle ne relève que de sa conscience et je n’esca-
lade pas le mur de la vie privée, même quand ce
mur donne sur un cimetière public.

Mais il y a en cause aussi le clergé ; le clergé qui
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