Le charivari — 53.1884

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LE CHARIVARI


LA SEMAINE DE LA BOURSE

Du boulevard des Italiens,
Dimanche 30 novembre 1884.

Monsieur le Rédacteur,

En avant et en arrière

La vieille furia francesa, qui n’a pas beaucoup va-
rié depuis les guerres d’Italie du XVI° siècle jusqu’aux
bourses des deux premiers jours de cette semaine,
avait commencé par pousser nos fonds à des cours
qui pouvaient passer pour élevés : ainsi le 4 1/2 à
108.8b et le 3 0/0 ancien à 79.25. C’en était fait des
malheureux baissiers à la liquidation. Etranglement
général ; la place tout entière devait être jonchée
de leurs ossements.

Mais un instant, calmons-nous un peu. Survient
mercredi, qni ne répond pas précisément à l’attente
des meneurs de la hausse. Il faut stopper quelque
peu et même assister à une reculade sensible. Est-ce
que vous croyez par hasard qu’on peut surmener
les cours à son plaisir? Ah ! mais non ! Toutes les
fois qu’on veut les pousser au delà du raisonnable
ils se cabrent, ils rejimbent en arrière et les ventes
ne tardent guère à paraître à l’horizou.

Propos de combat

Les combattants des deux campsé prouvent le be-
soin d’échanger quelques propos de combat avant
l’engagement, comme les guerriers du temps d’Ho-
mère.

— Ce que vous nous dites, ô vendeurs, du danger
de surmener les cours est vieux comme Hérode ;
mais qu’est-ce que cela prouve à côté de ce qui se
passe hic et nunc? La position de la place, l’absence
de titres, l’abondance de l’argent, tout ceci a bien
son poids en liquidation.

— Mais, répliquent les vendeurs, c’est plutôt votre
musique à vous qui est vieille comme Hérode ; voire
thème ne varie pas ; votre machine nous roucoule
toujours la même chose. Vous devriez au moins
changer vos motifs.

Que les deux camps s’empoignent en paroles au-
tant qu’il leur plaira, au lond cela nous est assez
égal. Mais toujours est-il que nous voici à la ré-
ponse des primes, qui s’est faite hier samedi sur le
4 1/2 à 108.40. A ce cours il y a eu autant de primes
levées que de primes abandonnées. La réponse
des primes de la fin du mois comprend, outre les
Rentes, toutes les valeurs sans distinction. Les va-
leurs ont eu des fortunes diverses. Les unes se tien-
nent bien, d’autres fléchissent après la réponse. Le
marché se tient quelque temps sur le pied de l’indé-
cision; mais, somme toute, c’est la faiblesse qui
l'emporte.

Demain lundi aura lieu la liquidation de la Rente.
Dans quelles eaux se fera-t-elle ? Dans les eaux
calmes à mon sens.

On rappelle que la grande discussion sur les cré-
dits du Tonkin s’est terminée vendredi, d’après d’in-
commensurables kilomètres de discours de toutes
nuances, par un triomphe pour le ministère. Oui, mais
après ce triomphe ? Et la suite, et la solution finale ?
Ou craint que M. Ferry, avec ses victoires au jour le

jour, obtenues à grands coups de majorité, ne s’en-
fonce de plus en plus dans l’emploi des Pyrrhus.

Je résume dans ma pensée les derniers cours
d’hier, et il me semble qu’ils ne sont pas faits pour
satisfaire beaucoup les haussiers, etles baissiers pas
davantage. C’est étrange, mais c’est ainsi ; au sur-
plus, jugez vous-même par les chiffres :

Emprunt 4 1/2 0/0 ; 108.35.

3 0/0 : 78.60.

Amortissable : 80.25.

Italien : 98.05.

Toujours solide au poste, ce dernier fonds. Il est
vrai qu’il n’a pas de boulet politique au pied pour
entraver sa marche. Il a devant lui un coupon de
2.17. On le détachera le 6 janvier prochain ; qu’on
en prenne note.

Les Valeurs

Je ne puis que constater, comme ci-devant, le
défaut presque absolu d’animation qui n’a cessé de
régner sur les valeurs.

Il convient toutefois de remarquer que le Crédit
foncier a su conserver une partie de l’avance qu’il
avait conquise les premiers jours de la semaine.
Nous le laissons à 1.307.

Il n’y a qu’une voix dans les rangs de tous les
gens compétents pour déclarer que le découvert sur
cette valeur est infiniment trop grand. Il se fait en-
core tirer l’oreille pour se couvrir. Mais patience ! Il
viendra bien un moment où il faudra qu’il se rende
à l’évidence, bon gré mal gré. Dieu veuille alors
qu’il ne lui en cuise pas trop ! Il ne sera pas du
moins en droit de se plaindre que les avertisse-
ments lui aient manqué.

Le Suez se tient bien aux environs de 1,905.

La Banque de Paris, le Crédit lyonnais et presque
toutes les autres Sociétés conservent une attitude
satisfaisante, sans affaires, et par conséquent sans
changement dans les cours.

Marché en Banque

Le mouvement en hausse qui s’est manifesté au
début de la semaine avait eu d’abord une bonne
influence sur les valeurs à turban, qui avaient ra-
pidement monté : le 5 0/0 Turc à 8.75 et la Banque
ottomane à 606. La reculade des Rentes leur a fait
perdre une grande partie du terrain acquis, mais il
leur reste un fond de fermeté ; nous avons laissé
hier le Turc à 8.S2 et la Banque ottomane à 596. Si
l’on s’en rapporte à l’opinion des gens qui passent à
bon droit pour compétents en pareille matière, cette
dernière valeur est certainement destinée à monter
encore.

Quant à moi, si vous me permettez de me placer
au nombre de ces personnes-là, soit dit sans vanité
aucune de ma part, croyez-le bien, je me permets
de vous rappeler que ce n’est pas d’aujourd’hui que
j’ai prêché la hausse de la Banque ottomane dans
l’intérêt de la vérité et dans celui de mes clients et
amis qui veulent bien quelquefois suivre la ligne que
je me permets de leur indiquer et n’ont généralement
pas lieu de s’en repentir.

h'Unifiée d'Fgypte varie selon les appréciations
des journaux anglais surles propositions financières
que l’Angleterre doit soumettre aux puissances sur
la question égyptienne. Vendredi, le Times préten-
dait que, suivant ses propositions, on diminuerait

I l’intérêt de ia dette unifiée d'un demi pour cent, ce
| qui l’a fait baisser à 316. Le lendemain, on ne croit
plus à cette nouvelle, et elle remonte à 319. Ce jeu
de bascule peut encore durer longtemps.

Mais j. suj£ obligé de couper court à ces considé-
rations, qui pourraient m’entraîner loin. L’espace
dont je puis disposer encore doit être entièrement
consacré à la grosse affaire du jour qui préoccupe,
à juste titre, le monde financier dans toute son
étendue.

En voici l’exposé :

L’emprunt 5 O/O du Gouvernement hellénique

Ce nouvel emprunt de 170 millions de francs
(capital nominal) est divisé en 340,000 obligations
de 500 franc ; mais le gouvernement hellénique
ayant retire de la souscription 120,000 obligations,
il ne reste pour la souscription publique, que 220,000
! obligations dont les conditions sont celles-ci :

Les obligations rapportent un intérêt annuel de
I 25 francs et sont remboursable en 37 ans, au pair de
i 500 francs, par des tirages au sort semestriels qui
auront lieu à Paris au siège du Comptoir d'escompte,
les 1er juin et 1er décembre de chaque année, ce qui
assimile le présent emprunt de 1884 à l’emprunt
émis ( 1881.

Le prix d’émission des obligations est de 346.50,
jouissance du 1er janvier 1885. Les payements se-
ront échelonnés de ia manière suivante :

25 francs en souscrivant ;

75 — à la répartition, du 10 au 15 décembre

prochain ;

100 — le 15 janvier 1885 ;

100 — le 16 février 1885 ;

46 fr. 50 le 16 mars 1885.

346 fr. 50

Il va sans dire que les souscripteurs auront à
tonte époque la faculté d’anticiper les versements,
sous déduction d’un escompte de 4 0/0 l’an, ce qui
ferait reporter le prix net de l’obligation, entière-
ment libérée à la répartition, à 345 fr. A ce prix, si
j’ai bien calculé, ces obligations constituent un re-
venu de 7 1/4 u/0, sans la prime de remboursement,
dont il faut tenir compte.

La souscription sera ouverte à Paris, au Comptoir
d'escompte et dans ses agences en France, ainsi qu’à
la Société générale, le jeudi 4 décembre. 1884.

Lite sera également ouverte le même jour à Lon ■
dres et en Grèce.

Je ne dois pas omettre de vous dire que les cou-
pons et l’amortissement du présent emprunt sont
exempts de tout impôt ou retenue.

Telles sont les principales conditions du nouvel
emprunt.

J’en étais là de mon exposé, lorsqu’un ami zélé
de la Grèce m’apporte une notice sur les Finances
du royaume de Grèce, avec demande de l’iutercaler
dans mon bulletin. J’y consens, et la voici presque
entière ;

« Dès l’année 1879, les hommes d’Etat éminents
qui se sont succédé au pouvoir, en Grèce, n’ont eu
qu’un seul objectif : la réorganisation économique
du pays. Leur premier souci fut le règlement de la
j Dette de 1824 et 1825, dette contractée sur la toi des
promesses des puissances ; fardeau trop lourd pour
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