Le charivari — 53.1884

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CINQUANTE-TROISIÈME ANNEE.

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MARDI 1“ JUILLET 1884

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GULLETIN POLITIQUE

Que fera le Sénat ?

C’est le point d’interrogation qui se dresse au seuil
du Congrès.

Le Sénat votera-t-il la révision ?

Le Sénat la repoussera-t-il ?

On a beau s’échauffer, il faut reconnaître que tout
dépend du Luxembourg.

Un journal menace les Pères conscrits :

« Il peut arriver, dit-il, que, la Chambre votant
un mode de révision suffisamment sérieux, le Sénat
se refuse à se dessaisir de ses droits de guichetier.
Dans ce cas, il est bien certain que la question ne
disparaît pas et pèsera, d’un poids très lourd, dans
les décisions du corps électoral. Mais contre qui
sera dirigé le mouvement de l’opinion? Contre le
Sénat évidemment. Mettre le Sénat à la raison, voilà
l’unique platform des élections de 1885. Les aveu-
gles seuls peuvent croire que la résistance du Sénat
ne sera pas brisée rapidement. »

C’est bien vite écrit.

Briser rapidement la résistance du Sénat? Et com-
ment? Il n’y a qu’un moyen légal. Il consiste à
choisir, lors du renouvellement partiel, des séna-
teurs résolument républicains.

Mais, avec le mode d’élection actuel, est-ce bien
facile ?

En dehors de cela, quoi ?

Une révolution.

Oh ! alors, plus besoin de discuter. S’il ne s’agit
que de la raison du plus fort, inutile d’aligner des
arguments.

Qu’on aligne des fusils.

Mais comme, le jour où le Sénat serait jeté par la
fenêtre, on flanquerait peut-être par la même croi-
sée la société tout entière, il y a lieu de réfléchir.

Et beaucoup de gens qui n’adorent pas le Sénat
seraient ainsi amenés à le défendre.

Donc le rapidement du confrère n’est pas très jus-
tifiable.

Donc aussi il faut tâcher de prendre les mouches
sénatoriales autrement qu’avec du vinaigre.

Beaucoup de zèle dans les préparatifs de résis-
tance au choléra pour le cas où le choléra viendrait
à Paris.

Le Conseil municipal s’agite. C’est son devoir.

Mais une chose m’amuse toujours. A chaque fois
qu’une épidémie s’annonce, un beau zèle éclate. On
lit de tous les côtés :

« On va faire disparaître les foyers d’infection.
Les usines insalubres vont être purifiées. Les dépo-
toirs vont être surveillés... »

Etc., etc., etc.

Ce qui veut dire alors qu’en temps ordinaire les
foyers d’infection sont scrupuleusement respectés,
que les dépotoirs sont libres de vous empoisonner,
que les usines insalubres sont livrées au désordre
le plus complet.

Charmants aveux !

Et notez que dès la disparition de l’épidémie, ou
se hâte d’oublier et de laisser là tous les projets
purificateurs.

Ce qui fait, que la fois suivante, l’antienne se ré-
pète sur le même ton.

Eternels recommeuceurs que nous sommes !

Dans le Rappel, un remarquable article de Vac-
querie mérite d’être signalé.

Sujet : la peine de mort.

Vacquerie dit au bourreau de saines vérités.

D’abord la question d’efficacité.

En 1876 on s’occupait au Sénat de la peine de
mort.

M. Berthauld, sénateur du Calvados, eut un bon
argument : — « Ce n’est pas au moment où l’on
voit se produire des crimes atroces, car il y a eu,
dans ces dernières armées, une recrudescence dans
la criminalité, qu’ii est opportun de réformer, pour
les adoucir, nos lois répressives. » M. Berthauld ne
s’apercevait pas qu’il était impossible de mieux
plaider contre soi-même.

En effet, comme Yacquerie n’a pas de peine à le
démontres, si l’échafaud est inefficace, quelle excu-
se peut-il invoquer?

Or il est inefficace.

« Comment ! s’écrie le Rappel, il y avait eu dans
les dernières années une recrudescence de la crimi-
nalité? Eh bien, est-ce que dans les dernières an-
nées la peine de mort avait cesser d’exister? Com-
ment ! on voyait se produire des crimes atroces ?
Eh bien, est-ce que le couperet avait interrompu
son fonctionnement? Pas le moins du monde. Les
journaux réactionnaires raillent M. Grévy de ce dont
nous le félicitons, de sa facilité à user du droit de
grâce ; mais c’était en 1876, et le président de la Ré-
publique était le maréchal de Mac-Mahon, qui
n’avait pas de ces mièvreries ; la peine sanglante
était appliquée autant que jamais, et les journaux
racontaient fréquemment les opérations du client de
M. Berthauld.

» Donc, voilà l’utilité de la peine de mort. Yoilà
comment elle empêche de tuer. Un misérable a tué.
Le jury se dit : Il ne faut plus qu’on tue. Il con-
damne le misérable à être tué. L’exécuteur de ce
qu’on appelle les hautes œuvres et de ce qu’on de-

vrait appeler les œuvres basses saisit le misérable
qui a fait cette chose abominable, verser le sang
humain, et verse le sang humain. Alors la société
est bien tranquille ; cet exemple la préservera ; dé-
sormais on n'assassinera pins. Résultat : une recru-
descence d’assassinats. »

C’est de la logique sans réfutation possible.

M. Bardoux a demandé que le public ne fût plus
admis à voir couper les têtes. Il se trouvera bien
— même au Sénat — quelqu’un pour demander
qu’on ne coupe, plus de têtes du tout.

La peine de mort réduite à opérer dans l’ombre, à
la façon des guet-apens ! C’est la preuve qu’on est
honteux d'elle.

Alors qu’on l’abolisse, au lieu de la cacher.

Pierre Véron.


ALFRED NAQUET

Deux hommes auront traversé ce siècle en mon-
trant à l’humanité ce que peut une volonté qui s'a-
charne à la poursuite d’uu but unique.

Ces deux hommes sontFerdinand de Lesseps et
Alfred Naquet. Ferdinand de Lesseps a revu et cor-
rigé la nature. Alfred Naquet., tâcha non moins dif-
ficile peut-être en présence des mauvais vouloirs
qui lui barraieutla route, a revu et corrigé le Code.

Tous les deux ont fini par triompher de l’impé-
rieux On nepasse pas qui dressait devant eux son
veto outrecuidant.

Vous connaissez l’histoire du personnage fameux
à qui on demandait comment il avait pu mener à
bonne fin une besogne gigantesque, et qui répan dait
simplement par ce mot si vrai :

— En y pensant toujours.

Telle dut être la devise d’Alfred Naquet et de
Lesseps. Et pour que bonne justice soit faite, il
faut maintenant que la postérité les récompense en
pensant toujours à eux.

Mais je suis ici pour enlever une esquisse et non
pour commenter.

Je n’ai pas à vous apprendre que Naquet est
marqué à cette lettre B qui, dit-on, est l’estampille
des hommes d’esprit.

Il a prouvé qu’on peut ajouter : Et des hommes
de cœur.

Agé : cinquante et quelques années. Taille natu-
rellement au-dessous de la moyenne. Mais c’est sur
la tête que se rencontre tout l’intérêt ; ne nous occu-
pons que de la tête.

Elle a quelque chose de romantique et aurait
fort convenablement figuré aux premiers rangs dans
les parterres tumultueux qui s’agitaient en l’hon-
neur d'Eernani et de Iiuy Blas.

Il y a du Buridan dans cette physionomie. Les
cheveux sont longs et broussailleux.

Si je connaissais le fabricant de peignes qui tour-
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