Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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MUSÉE D’ART ET D’INDUSTRIE DE MOSCOU.

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Dans le projet du musée de Lyon, nous avions fait entrer la publication par le
musée d’un choix des œuvres d’art ou d’industrie, de toute origine et de toute époque,
relevées par des ornements du style le plus franc et du goût le plus pur. Hippolyte
Flandrin avait été partisan chaleureux d’une publication de ce genre, gravée ou litho-
graphiée. Cette idée n’a pas été mise à exécution à Lyon, elle l’a élé à Moscou, mais
l’application a été restreinte à l’art russe.

En Russie, les ornements procèdent de deux sources opposées : les uns du goût
occidental, français ou allemand; les autres du goût national. Les premiers suivent le
mouvement incessant qui s’opère dans leur pays d’origine, ils ont l’inslabilité de nos
modes; les seconds sont en quelque sorte invariables; mais tandis que parmi ces
derniers il y en a qui se rapprochent du style byzantin, d’autres portent le cachet
asiatique, d'autres encore ont le caractère de l’art russe proprement dit.

Dans les deux cas, les artistes et les fabricants russes sont presque toujours des
copistes. Ce n’est ni l’intelligence ni l’habileté qui leur manque, c’est l’éducation.

C’est cette éducation en matière d’art qu’on veut donner aux fabricants russes et à
leurs coopérateurs artistes. L’école ne suffit pas, le musée la complète, et le musée
a cette autre utilité d’exercer dans le même sens une influence permanente sur le
public.

La Russie a et gardera longtemps encore des traditions, des habitudes, des goûts,
qui ont décidé à porter, à la fin de l’éducation, l'attention, les études et les efforts des
travailleurs vers l’ancien art russe.

L’art russe ancien a sa beauté, son originalité, son unité. Son caractère n’est jamais
altéré par l’abondance et la merveilleuse variété d’ornements qui paraissent quelquefois
procéder de styles différents. Nous ne connaissons pas cet art, ou plutôt nous le con-
fondons avec l’art byzantin.

Le directeur du musée de Moscou a voulu mettre en présence de cet art, qui a mar-
qué de son empreinte tant de monuments célèbres, des hommes préparés par un ensei-
gnement solide et élevé, et par l’étude du grand art. Mais il fallait faire comprendre l’inté-
rêt de travaux dans cette direction nouvelle; il fallait accomplir cette délicate entreprise
de séparer les œuvres d’art marquées au coin du style russe de celles où l’on ne retrouve
que le reflet de l’art byzantin et de l’art français du xvu° siècle. R fallait aussi faire
pénétrer partout la connaissance de nombreux ouvrages ignorés, très-divers : ceux-ci
d’une incomparable richesse ou d’une rare noblesse; ceux-là, qu’on croirait datés de
notre période romane; d’autres, modifiés par l’influence de traditions ou d’inspirations
asiatiques ou grecques.

C’est ce qui a été fait à Moscou, sous la direction de M. de Boutowski, et deux
ouvrages sont achevés, qui feront juger, non pas définitivement peut-être (car ces
études critiques et ces recherches ne sont pas à leur terme), de cet art qui s’est déve-
loppé à une époque où la Russie nous paraissait ne pas avoir d’histoire. Ces ouvrages
ont pour nous autant de prix que pour les Russes, et il faut souhaiter leur prompte
publication. Ils ne peuvent être mieux conçus et mieux faits qu’à Moscou, qui est en
quelque sorte le trésor de la Russie, et que dans une école et un musée où l’enseigne -
ment ferme et élevé de l’art n’exclut pas le retour du génie national, dans une certaine
mesure, à ces formes, à cet idéal un peu étrange pour nous, par lesquels il a affirmé
autrefois son originalité.

N A T A I.I S BOXDOT.
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