Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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BARTHÉLEMY SPRANGER

ne fois que l’homme est entré dans une
route quelconque, il s’échauffe et s’a-
nime peu à peu, comme ces voyageurs
que la marche exalte. Tranquille d’abord
et maître de lui-même, il cesse bientôt
de se dominer. Son ardeur croissant de
minute en minute, il va, il va toujours,
il aspire à l’infini. On serait tenté de
croire que rien ne peut désormais ni
suspendre sa course, ni changer sa di-
rection. Mais les lois de notre nature
physique et morale limitent l’entraînement : il est de certaines bornes
devant lesquelles l’esprit humain s’arrête pour ainsi dire malgré lui.
La froideur prend alors la place de l’exaltation ; les dieux qu’on encen-
Sait la veille ne paraissent plus que des idoles, les principes pour lesquels
0n eût sacrifié son existence deviennent des sujets de raillerie. Le mou-
vement de l’histoire, comme celui de la mer, se fait par une suite
d ondulations et ne ressemble point au cours régulier, tranquille, silen-
Cleux, des fleuves et des rivières.

Les artistes flamands avaient d’abord été à la découverte au delà des
ûlpes. Ils voulaient apprécier par eux-mêmes cet art déjà glorieux, que
Pur vantaient si fort les marchands italiens : puis, comme ils vivaient
dans une époque pleine d’enthousiasme et de jeunesse, ils emportaient
avec eux l’espoir de s’instruire et de se perfectionner. Mais ils n’avaient
certes pas le projet de renier leur pays, d’abjurer leur goût national.
Lomé et Florence avaient mieux compris l’organisation du corps humain,
ftueux étudié ses mouvements que les écoles du Nord; elles en retra-
çaient les formes, les attitudes, avec plus de largeur, d’élégance et de
SUl’eté. Un voyage au bord du Tibre et de l’Arno pouvait donc être utile
cet égard. L’admiration, par malheur, dégénéra bientôt en un fol en-
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