Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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LE MUSÉE RÉTROSPECTIF

A L’EXPOSITION DU HAVRE

l manquera toujours quelque chose aux villes qui, impatientes de se
rajeunir, n’ont pas su conserver les monuments du passé. Supprimer
l’histoire, c’est courir le risque de supprimer la poésie, ou tout au moins
le caractère. Le Havre a démoli la Tour de François Ier et le « Logis du
Roi» : il ne lui reste plus que son église de Notre-Dame, construite, pendant la
seconde moitié du xvic siècle, par Nicolas Duchemin. Ce n’est pas assez. Aussi le voya-
geur atteint do monomanie historique est-il quelque peu dépaysé en parcourant les
rues de cette ville où tout parle d’activité et de richesse, mais où l’esprit moderne
semble avoir pris à tâche d’effacer les souvenirs d’autrefois. Les vieilles maisons de la
Renaissance ont presque complètement disparu. Chose étrange 1 le magasin de bric-
à-brac — ressource suprême de l’infortuné — existe à peine au Havre, et nous y avons
vainement cherché un vieux tableau ou un vieux livre.

Mais si la ville a perdu ses anciens monuments, si les rues ont modernisé leur
physionomie, les arts du passé ne sont pas complètement absents du Havre. Ils se sont
réfugiés chez quelques amateurs intelligents. Remercions ces hommes de bonne volonté
d’avoir songé à consoler le curieux en organisant dans les bâtiments de l’Exposition
maritime et industrielle un petit musée rétrospectif, à l’usage des esprits malades
qui, sans mépriser les engins de pêche et les machines à coudre, trouvent quelque
plaisir à étudier une peinture, un émail ou une tapisserie.

La place a été sévèrement mesurée aux œuvres généreusement prêtées par les ama-
teurs pour la formation de ce musée provisoire, et l’organisateur de cette partie de
l’exposition, M. le comte de La Valette, a eu fort à faire pour installer dans un local si
étroit les curiosités de toutes sortes qu’on lui a envoyées. A ces richesses, d’ailleurs
un peu mêlées et inégales, un plus vaste espace eût été nécessaire. Les tableaux sur-
tout réclamaient une lumière meilleure. Enfin, comme ces expositions rétrospectives
ne doivent pas être une vaine distraction pour les yeux, comme leur importance se
mesure à l’enseignement qu’elles apportent, il était indispensable de rédiger un cata-
logue des objets exposés. Or, on n’a point fait de catalogue et l’on n’en fera pas. L’ex-
position terminée, il n’en restera aucun souvenir. Nous avons bien des raisons de le
regretter. Ne fût-ce que pour les tableaux, quelques mots d’explication eussent été
fort bien reçus. Un catalogue n’est-il pas une bouée de sauvetage? L’Exposition mari-
time du Havre n’aurait pas dû refuser cette planche de salut aux critiques en péril.

Les maîtres italiens, rares partout, ne sauraient être bien nombreux dans un mu-
sée organisé par de modestes amateurs de province. Voici pourtant un Fra Bartolomeo
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