Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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LES

EXPOSITIONS DE TABLEAUX EN ANGLETERRE

PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE
ET LES ORIGINES DE L’ACADÉMIE

alpole, dans ses Anecdotes of painting, a laissé un très-bon aperçu
des travaux exécutés en Angleterre par les artistes étrangers et an-
glais, depuis le moyen âge jusqu’à la fin du règne de George II. Mais
l’on peut dire que ce qui mérite véritablement d’être appelé l’École
anglaise ne remonte pas au delà d’un siècle, précisément au mo-
ment ou l’écrivain s’est arrêté.

William Austen, l’auteur du fameux monument de Roger de Bcauchamp, comte
de Warwick; sir Anthony More, le grand portraitiste; Nicholas Hilliard et Isaac Oliver,
les précieux miniaturistes; Inigo Jones et Christopher Wren, les grands architectes;
Thornhill, les Richardson et Hudson, n’ont été que des étoiles passagères. C’est avec
Ilogarth, Reynolds et Gainsborough que commence véritablement l’école nationale;
une écolo brillante, ayant un caractère individuel très-accentué, dégagée de toute
influence étrangère, répondant aux besoins, encore restreints, il est vrai, du moment,
mais les consacrant du moins par le génie.

Il faut le dire, les circonstances furent presque toujours défavorables au développe-
ment de l’art national. L’introduction de l’imprimerie, la Réforme, les susceptibilités
d’Élisabeth1, les pudeurs du puritanisme, la licence des mœurs, la coupable indif-
férence des premiers Georges, le patronage constamment accordé aux étrangers,
l’amour exclusif de l’ancien, la manie du portrait, qui est restée, du reste, un mal
chronique, avaient, malgré le court règne de Charles Ier et de lord Arundel, été autant
d’obstacles au progrès de l’art indigène,' à la diffusion du goût. L’orgueil et la vanité,
qui jouent partout un grand rôle dans la vie humaine, mais plus ici peut-être que par-
tout ailleurs, n’admettaient que le portrait ou le tableau ancien, baptisé d’un grand
nom, le plus souvent, hélas 1 par un faussaire.

Dans l’origine il exista, en Angleterre comme ailleurs, des corporations. Il en sub-

1. Voir J. Barry. Inquïry into the obstructions to lhe acquisitions of the arts in England. 1775.
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