Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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L’ÉCOLE FRANÇAISE

JUGÉE PAR LA CRITIQUE ALLEMANDE

HISTOIRE DE LA PEINTURE FRANÇAISE MODERNE DEPUIS 17 8 9 1
PAR M. J. MEYER

■ 'Allemagne savante a eu bien des sévérités et bien des injustices pour notre
littérature et nos beaux-arts. Un livre récent, Y Histoire de la 'peinture
française moderne, de M. Jules Meyer, vient atténuer, au moins quant à
notre peinture, la rigueur des critiques d’outre-Rhin, et proclamer dans
le langage de la science ce que le public allemand sent depuis longtemps pour les
novateurs de notre École. C’est un spectacle curieux, digne de méditations, que de
voir cette nation, à laquelle ses propres productions ne suffisent pas, rechercher celles
d’un peuple voisin et triompher de tous ses préjugés pour les goûter et les admirer.
Les artistes à leur tour passent le Rhin et négligent Rome pour Paris. Enfin l’histoire
elle-même vient à la suite et sanctionne ces aspirations. Quelles phases cette soif
d’œuvres françaises n’a-t-elle pas dû traverser avant d’arriver au livre si sympathique
et si impartial de M. Meyer ! On ferait, en essayant de le raconter, toute l’histoire du
goût allemand au xixc siècle. On ferait aussi un livre riche en enseignements pour nos
artistes, car la critique étrangère, a-t-on dit, est pour eux la postérité.

Nous ne pouvons qu’esquisser quelques traits du tableau. L’école allemande con-
temporaine est avant tout une école du bon sens, elle croit, comme Pascal, que sortir
du milieu, c’est sortir de l’humanité. Elle veut résoudre le grand problème indiqué par
Hegel : réconcilier la pensée aver la réalité. Elle réprouve les excès du romantisme
comme ceux du réalisme; le matérialiste grossier et le rêveur surhumain lui sont éga-
lement odieux. Elle poursuit pour idéal l’homme sain, tel qu’on le rencontre, par
exemple, dans les romans de Freylag, l’homme prenant la vie telle qu’elle est, sans
renoncer à cultiver et à élever son esprit. Elle mettra Scribe au-dessus de Victor Hugo
et de George Sand, parce que son libéralisme est « plus sain et plus raisonnable. » En
peinture, ce système se traduit par la recherche de la vie, de la vie organique d’abord,
et puis seulement de la beauté ou d’un caractère poétique. Delaroche est pour, eux le
Dieu de notre peinture. 11 a évité les exagérations des autres écoles, il donne une
importance égale au dessin et à la couleur (les critiques allemands s’inquiètent beau-
coup de la couleur ; mais les artistes!), il unit la vérité historique à la poésie. On lui
a prodigué des éloges hyperboliques, on a découvert en lui des qualités inconnues en

1. Un vol. in-8. x-794 pages. Leipzig, avec 31 gravures sur bois, hors texte. Seeman, 1866-1867.

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