Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

moins celle qu’ils occupent à présent, et leurs bénéfices, comparés à la
richesse nationale d’alors et à la rémunération des autres travaux intel-
lectuels, étaient plus considérables que de nos jours. La munificence du
patronage anglais pour les artistes les attirait même chez nous de tous
les côtés 1. » Tout ou presque tout ce qu’il y eut alors d’artistes distin-
gués venait de l’étranger. Sir Peter Lely, un Westphalien, dont le
véritable nom était Van der Faes; sir Godfrey Kneller, de Lubeck, qui
s’étaient adjugé l’héritage de Van Dyck, avec l’Anglais sir James Thorn-
hill, furent les jouets de l’inconstance des goûts de leur temps. Lely,
qui pratiquait l’histoire, le paysage et surtout le portrait, qui peignit
Charles Ier et Cromwell et devint le peintre en vogue sous Charles II,
s’était montré le plus brillant des trois artistes que nous venons de
nommer, mais sans l’éclair au front, sans ce feu magistral qui semble, si
l’on peut dire, emporter la nature au bout du pinceau. Il eut cependant
cet honneur d’approcher quelquefois de Van Dyck par la transparence et
la légèreté de ton.

On ne saurait citer, de nos jours, sans avoir le sourire sur les
lèvres, un prétendu peintre du nom de William Kent, qui avait contrarié
la réputation de sir James Thornhill, parvenu à la charge de premier
peintre du roi. Rien n’est à comparer au bruit qui s’était fait autour de
ce nouveau venu, et ne prouve mieux combien l’Angleterre avait, dans
ce temps-là, peu profité des leçons des grands peintres qui s’étaient
succédé dans le pays. Le malheureux William Kent, né en 1684, dans le
Yorksliire, mort à Londres le 12 avril 1748, se donnait en même temps
pour architecte, dessinateur de jardins et peintre. 11 avait introduit en
peinture un style pseudo-byzantin dans lequel il barbouillait des tableaux
d’église avec la sécheresse et l’uniformité de dessins d’architecture, et le
ridicule l’eût couvert tout d’abord si l’on n’eût été aveugle à son endroit.
Ce n’est pas l’excès de jeunesse, la fantaisie et la licence qui tuent
l’art : la licence chercheuse et la fantaisie qui a ses bonheurs ouvrent
parfois des voies nouvelles; c’est, au contraire, l’imitation caduque, le
pastiche stérile et le système énervant qui sont mortels. Voyez l’école
des Carrache et toutes les écoles de la décadence italienne du xvne siècle.

Après tous les bouleversements politiques et religieux qui avaient
remué, depuis plus de cinquante années, l’Angleterre, une confusion sin-
gulière régnait dans la société. Les agitations jacobites, celles des torys
et des whigs avaient attristé le beau siècle de la reine Anne et légué des

I. Macaulav, Histoire d’Angleterre depuis l’avénement de Jacques //, traduite
do l’anglais par le comte do Peyronnet, t. T, p. 307.
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