Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 25.1868

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374 GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

toute guerrière de tout le passé qu’elles caractérisent essentiellement

Cette affinité, ces rapports intégrants, cette espèce de congénération
qui semble, pour ainsi dire, identifier l’homme des temps anciens avec
son harnais de combat, constituent d’abord ce qui se peut appeler la
philosophie des armes cl de Varmure.

Afin de donner sanction à ce titre, il s’agit seulement ici de déduire,
sans prétendre le faire avec méthode, quelques unes des raisons qui le
justifient.

Il importe, comme preuves soutenant le fait, d’emprunter à ce confus
et immense pêle-mêle de bronze et d’acier les exemples les plus con-
cluants, en choisissant comme point principal de citations l’Europe cen-
trale, et particulièrement la France.

Du désir ou de la crainte, « premiers mobiles de nos actions et causes
de notre volonté », de l’amour, de l’envie, principes de jalousie, de
colère et de vengeance, du droit enfin de l’intérêt propre, qui engendre
le droit de la guerre, procèdent les premières armes, bases originaires
de la morale de routine et de la loi d’intimidation. De là dérive le
genre de cohésion qui s’établit en principe entre l’homme primitif et ses
œuvres d’industrie meurtrière.

Telles ou telles armes particulièrement adoptées dans certaines con-
trées de l’Europe donnèrent leurs noms à différents peuples, aux Celtes,
aux Saxons, aux Angles, aux Chérusques1 2.

Pour ainsi dire épousées par ces hommes de carnage, les armes
étaient alors partout comptées pour plus de moitié dans l’existence com-
mune ou individuelle. On jurait sur elles 3, on les sacrifiait aux dieux ;

1. Hobbes dit que « l’état naturel des hommes, avant qu’ils eussent formé des
sociétés, était une guerre perpétuelle; et non-seulement cela, mais une guerre de tous
contre tous. »

2. Les noms sous lesquels plusieurs nations sont désignées dérivent du nom des
armes dont l’usage était pour elles, dans les temps primitifs, spécialement caractéris-
tique. Les écrivains grecs nous ont conservé le nom des Celtes sous la forme authentique :
fSeVra. L’arme principale des Aborigènes de la Gaule et d’une partie de l’Espagne est
la hache, Kelt. Les Celtes sont donc le peuple do la hache ? Le nom des Saxons
dans les formes les plus anciennes est Seaxon et Sachsen; il dérive incontestablement
du radical Sax> Sades, coutelas, couteau de guerre, d’où, en composition, Scrama,
Sax, couteau de combat. Le nom des Angles (.Ângli, Angili, Engins) semble être
dérivé du radical Angon (javelot), et le nom des Chérusques, du radical Khair, mo-
difié en Schwerdt, Sword.

3. Saxones sacramentis, ut corum mos erat, super arma patratis pactum pro uni-
versis Saxonibus firmant. [Vila Pag. apud Duch., t. b cap. xxxi. — Lucian., Toxar,
p. 030. — Lucian., Scyth., p. 310.)
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