Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 3.1870

Page: 464
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1870/0479
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
UN PORTRAIT DE REMBRANDT

Quand nous avons appris que
M. Double avait en sa possession un
superbe portrait de Rembrandt, re-
présentant le maître dans sa vieillesse
et peint de sa brosse la plus éner-
gique, nous avons été, il faut l'avouer,
quelque peu étonné. Gomment, di-
sions-nous, cette mâle et fière pein-
ture, exécutée avec une telle cha-
leur, avec une brutalité si puissante,
pourra-t-elle tenir sa place dans un
appartement blanc et or tout peuplé
des souvenirs du xvine siècle, où
les petits amours s'ébattent sur tous
les meubles, où les porcelaines des couleurs les plus tendres s'allient aux
tapisseries des Gobelins, aux bronzes délicatement ciselés par Gouthière,
aux lustres en cristal de roche, aux plafonds et aux trumeaux amoureu-
sement peints par Fragonard et Boucher? Dans ces salons où tout est une
fête pour l'œil, où l'eau qui tombe dans les vasques des fontaines de
Falconnet ajoute la fraîcheur de son murmure aux impressions de gaieté
douce qui vous envahissent de toute part, un portrait de Rembrandt
ne ferait-il pas une singulière figure, et l'ombre de Marie-Antoinette,
qui, si elle revient quelquefois à Paris, ne peut manquer de visiter l'ap-
partement de M. Double, où elle retrouve tout son mobilier de Trianon,
ne serait-elle pas un peu effarouchéç de se trouver en face de cette rude
peinture, qui jure si fort avec la galanterie du dernier siècle?

Ces réflexions, M. Double les a faites avant nous. Aussi c'est dans un
salon spécial qu'il a réuni quelques tableaux de vieux maîtres qui de-
mandent à être examinés avec recueillement, et préservés du luxe des
loading ...