Revue égyptologique — 7.1896

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Une prophétie messianique assyrienne.

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saieiit cet acte, quelle était sa nature, et dans quelle situation se trouvait au juste la per-
sonne donnée. Sommes-nous réellement en présence de donations?

(La suite prochainement.)

UNE PROPHÉTIE MESSIANIQUE ASSYRIENNE

PAR

MM. Victor et Eugène Revillout.

Quand fut composée, dans le palais d'Assourbanipal, la bibliothèque dont on a re-
trouvé de nombreux débris, l'Assyrie était devenue depuis un certain temps déjà la reine
des nations. Elle possédait, soit directement, soit à titre de suzeraine, non seulement l'Asie
centrale, mais la plus grande partie de l'Asie mineure, la Phénicie, la Palestine, l'Égypte,
l'île de Chypre, etc. La captivité d'Israël avait commencé. Il était arrivé pour Samarie ce
qui devait arriver plus tard pour Jérusalem. Ses habitants avaient été transportés, au loin,
en partie dans la capitale même du vainqueur. C'est à Ninive que se placent les prophéties
du prophète Jouas;1 et c'est à Ninive qu'habitait Tobie, au milieu de ses compatriotes d'après
le récit biblique. Les Juifs faisaient en Assyrie ce que Jérémie2 devait leur conseiller plus
tard de faire en Chaldée. Ils se mariaient, s'occupaient de leurs affaires, agissaient dans la
ville où ils étaient établis comme s'ils eussent été des citoyens originaires de cette ville; et
c'est ainsi qu'ils nous apparaissent dans des contrats de Ninive, écrits sur des tablettes de
terre cuite en caractères cunéiformes. Il ne faut donc pas s'étonner si la littérature assy-
rienne de cette époque contient tant de reflets d'autres littératures, si l'on y trouve des
morceaux d'une inspiration toute judaïque, comme on y trouve des morceaux d'une inspi-
ration tout égyptienne.3 Assourbanipal nous dit lui-même que dans des villes qu'il pillait et
détruisait il avait soin de faire choisir les livres les plus intéressants; car il était fort amou-
reux de l'érudition. Il avait procédé ainsi dans les vieilles villes de la Chaldée, où la langue
sacrée restait toujours l'ancienne langue non sémitique. On se servait du summérien ou de
l'autre dialecte de cette ancienne langue, suivant les provinces, comme on se sert encore
actuellement du latin, pour tout ce qui se rapporte directement au culte. C'était même la
langue qu'on employait, en qualité de langue sacrée, pour certaines pièces mi-religieuses,

1 II ne nous paraît pas possible historiquement d'assimiler le prophète Jonas du livre spécial inti-
tulé de son nom, celui qui alla prêcher les Ninivites, avec un autre prophète Jonas, son homonyme, qui
vivait du temps de Jéroboam, fils de Joas, et qui se trouve cité au chapitre XIV du livre des rois pour
avoir parlé des exploits de ce monarque. Le soin même que prend l'auteur du livre des rois d'indiquer
que celui qu'il cite était de Oeth en Ophir semble avoir pour but d'éviter une confusion, autrement possible,
entre deux prophètes qui avaient eu des noms identiques. D'ailleurs du temps de Jéroboam on célébrait
encore les succès d'Israël contre ses voisins les plus proches, et Ninive n'occupait nullement dans les
préoccupations des Juifs la place qu'elle y prit après les expéditions de Phul, de Tiglatphalasar, de Sal-
manasar et de Sennachérib. Il suffit de lire attentivement dans le livre de Jonas ce qui s'y trouve dit sur
Ninive et les Ninivites pour voir que placer ce récit avant la captivité de Samarie et l'alliance finale du
royaume de Juda avec les terribles souverains de l'Assyrie serait un grossier anachronisme.

2 Jérém. XXIX.

3 Nous reviendrons bientôt sur ce point.
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