Revue égyptologique — 8.1898

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Victor et Eugène Revillout.

TIN IP^VSSA-G-Hl

DE LA

PLAIDOIRIE DE DEMOSTHÈNE CONTEE APHOBOS

COMMENTÉ A L'AIDE DES CONTRATS BABYLONIENS

PAR

MM. Victor et Eugène Revillout.1

Daus les plaidoyers de Demostliène contre son tuteur Aphobos, plaidoyers que M. Dareste
a si bien traduits, il est plus d'une fois question d'un atelier de 20 ouvriers en meubles que
le père de Demostliène avait reçu d'un nommé Mœriadès en garantie d'une créance de
40 mines et dont il tirait annuellement un revenu de 12 mines, ce qui, par rapport au ca-
pital, faisait trente pour cent. Comme M. Dareste l'a fort bien montré, il s'agit ici d'une
antichrèse. Le père de Demostliène avait reçu la jouissance d'un atelier d'esclaves contre
la jouissance de la somme d'argent qu'il avait prêtée. C'était à lui de mettre à profit le
mieux possible ces esclaves. Il les possédait in bonis jusqu'au moment où il recevrait son
argent; et il ressort du texte même de Demostliène que tant qu'il n'était pas remboursé, ni
le propriétaire de ces esclaves ni les ayant cause de ce dernier ne pouvaient lui en enlever
la possession. Entre ce propriétaire et lui, il n'y avait point à entrer dans les calculs com-
pliqués d'intérêts. Chacun jouissait de son côté de ce qu'il-avait en mains sans avoir do
comptes à rendre à l'autre relativement aux produits qu'il était arrivé à en obtenir. L'em-
prunteur n'aurait jamais qu'à rembourser le capital de la somme versée; le prêteur n'aurait
qu'à restituer à ce moment les-esclaves en nature; et tout serait ainsi réglé de part et d'autre.

Telle qu'elle nous apparaît, à Athènes, dans ce document, rantichrèse est une des in-
stitutions juridiques les plus anciennes de la Chaldée. Des actes nombreux nous font voir
combien fréquent en était l'usage à Babylone, tant sous les souverains nationaux que sous
la domination perse. Cette classe d'actes est une de celles dont aucun terme ne peut laisser
le moindre doute sur le sens précis à lui attribuer. La traduction en est également in-
discutable pour les détails et pour l'ensemble. C'est donc avec pleine certitude qu'à ce point
de vue nous pourrons comparer le droit chaldéen au droit grec.

Mais avant d'en venir à cette comparaison, suivons le récit de Demostliène.
11 était mineur quand son père mourut, et, comme le rappelle avec raison M. Dareste,
les tuteurs athéniens avaient la saisine des liions du mineur. Un de ses tuteurs donc,
Aphobos, prit possession des 20 ouvriers en meubles qui se trouvaient dans la succession,
en antichrèse. Ce fut lui qui se chargea de les faire travailler et de jouer, par rapport à
eux, le rôle de maître. Or, il advint que le propriétaire de ces esclaves eut de nouveau
besoin d'argent. Il s'adressa à Aphobos qui tenant en main les esclaves et considérant
d'après leurs produits que leur valeur devait dépasser d'au moins autant la somme prêtée
par le père de Demostliène — somme qui n'était pas susceptible d'accroissement puisqu'il

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