Revue égyptologique — 8.1898

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Eugène Revillout.

S'agit-il d'une monnaie d'argent? S'agit-il d'une monnaie de cuivre estimée en argent?
Cette question est difficile à résoudre.

Si l'on admettait la première hypothèse, cette monnaie primitivement de cuivre (qui
serait devenue d'argent, comme, à Athènes, à certaines époques, les calques eux-mêmes) se
rapprocherait beaucoup de la drachme.

En effet, d'après l'équivalence officielle des Ptolémées, il faut 20 drachmes pour faire
un outen : et le calcul nous amènerait ici à environ 17 yalkenen et un cinquième par outen.

Mais il est très possible aussi qu'il faille songer à une énorme monnaie de cuivre, comme
l'ancien as des Romains, ayant la valeur indiquée, qui se rapprocherait beaucoup de celle de
la drachme.

J'inclinerais d'autant plus vers cette seconde li3rpothèse qu'il fallait un change pour
«tirer profit» (sau) de ces yalkenen et les transformer ainsi en argent.

Mais quelle chose inattendue que ces monnaies grecques, avec un nom grec, du temps
des Ramessides!

Je sais bien que les Grecs étaient depuis de longs siècles en rapports constants avec
les Égyptiens lorsqu'Alexandre s'empara de la vallée du Nil.

Je sais bien que ces rapports sont fort antérieurs à Psammétique Ier et à la colonie
de Naucratis, comme le dit notre ami, le Dr Apostolidès. Le nom qui les désigne jusque
dans les décrets trilingues se retrouve en effet sur des inscriptions déjà fort anciennes.

Mais faut-il donc admettre un commerce suivi avec les Grecs bien avant Naucratis,
— dans ce pays que l'on croyait si fermé aux étrangers — commerce qui aurait apporté ses
monnaies jusqu'à Thèbes?

Faut-il donc admettre aussi que les Grecs auraient eu des monnaies de cuivre ana-
logues aux monnaies de cuivre des vieux Romains sous les Ramessides, bien antérieurement
à la date où, selon les marbres de Paros, l'Argien Phédon, — 11 ans seulement après l'époque
choisie par les mêmes marbres pour l'année dans laquelle Homère, encore vivant, florissait, —
aurait, en l'an 667 avant Jésus Christ, du temps du roi d'Athènes Diognète, fondu la pre-
mière monnaie d'argent (vijjuqAa àpyjpsuv) d'Égine — prototype de toutes les autres monnaies
des Grecs de l'époque classique?

J'avoue que j'ai peine à admettre d'emblée toutes ces conclusions et que je préfère m'en
remettre pour tout cela au jugement de mes collègues.

Ce que je puis leur rappeler dès à présent, c'est l'importance qu'avait le cuivre dans
les monnaies de l'ancienne Egypte, comme l'a du reste dit Chabas depuis longtemps. Cette
importance monétaire du cuivre en Egypte et en Chaldée, je l'ai également mise en lumière
tant dans mes «lettres sur les monnaies égyptiennes» (Maisonneuve éditeur) que dans mon
livre sur un «papyrus bilingue du temps de Philopator» (même éditeur).

Dans ce dernier travail j'ai longuement développé tout ce qui concernait les étalons moné-
taires de la plus ancienne époque, le poids exact des monnaies d'or, d'argent et de cuivre, et
la valeur proportionnelle et légale de ces différents métaux entre eux. La monnaie de cuivre,
l œreus, d'après les indications précises des poids de Berlin, pesait ainsi aux anciennes époques
27 grammes un tiers, tandis que la monnaie d'or, l'aureus de la XIIe comme de la XVIIe dy-
nastie etc., d'après les poids étalons du Louvre, avait 12 grammes 80, et la monnaie d'argent,
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