Revue égyptologique — 8.1898

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Le moyen âge de l'Egypte pharaonique.

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à ses adversaires les prêtres d'Ainon devenus rois de la province d'Éthiopie, pour qu'on
assistât enfin à un véritable renouveau. C'était le moment des luttes héroïque des Éthiopiens
unis aux Égyptiens contre les Assyriens entrés encore personnellement en lice. Pendant cette
lutte, hélas! la vallée du Nil fut plusieurs fois envahie. Mais les malheurs et surtout le
patriotisme avaient purifié les âmes des Egyptiens, comme ils purifièrent les âmes des Fran-
çais sous notre grande révolution. On eu revint donc bientôt avec ardeur aux vieilles tra-
ditions de la race — à une véritable renaissance qui fit disparaître enfin les sombres erre-
ments du moyen âge.

L'art revint en même temps que le droit, ce droit dont je vous ai décrit les vicissi-
tudes diverses sous Bocchoris, sous la première race éthiopienne, sous la seconde branche
de cette famille, sous l'usurpateur Amasis, sous Darius, sous Mautrut et Amyrtée, sous Ar-
taxercès — et enfin le rétablissement définitif sous les dynasties nationales.

C'est en même temps que nous voyons la sculpture et la peinture imiter de nouveau
la nature, ainsi que les chefs-d'œuvre de l'ancien empire. L'imitation des vieux maîtres est
si habile que l'on peut souvent s'y tromper quand on ignore d'où a été tiré un morceau, qui
ne se trouve plus daté d'une façon précise. J'avoue avoir eu ainsi des doutes pour une tête
admirable que j'ai fait entrer au Musée du Louvre et qu'on aurait pu attribuer soit à l'an-
cien empire, soit à la renaissance. Nulle hésitation de ce genre n'est possible quand il s'agit
du moyen âge égyptien dont toutes les œuvres diffèrent absolument de celles des deux
termes extrêmes.

Nous avons dans notre Musée même plusieurs splendides productions de cette longue
période dont le premier épanouissement a donné naissance à l'art grec, tandis que la fin
en est contemporaine de Phidias, de Praxitèle et de l'époque classique de l'art hellénique.
Malheureusement cette collection n'est pas encore assez riche pour qu'on put faire ici un
historique complet et comparatif des écoles de la vallée du Nil, de la Grèce propre et de
la grande Grèce. Je vous citerai seulement, pour l'Egypte, l'intéressante statue d'un gouver-
neur de Nubie du temps d'Apriès, qui se trouve dans la salle à colonnes. C'est un portrait
réel et vécu d'un fonctionnaire à mine un peu rébarbative et fort sèche. Quel contraste avec
la grâce du bas-relief peint du roi Nekbthorhib, avec le mol abandon de ce charmant jeune
homme en adoration conservé par une stèle du Sérapéum et qui est représenté successive-
ment assis sur ses talons ou prosterné la face contre terre. Mais si l'on veut, pour le modelé
du corps, contempler le meilleur résultat auquel soit arrivé l'art de la renaissance, il faut aller
voir la statue d'Horus (A 88) que M/de Rouge avait placée dans la 5° travée à gauche de
la salle des grands monuments. Les bras et les jambes, avec leurs saillies et leurs articula-
tions bien comprises, les mains et les pieds pleinement réussis, le tronc étudié à la perfection
aux points de vue anatomique et esthétique, tout, en un mot, nous fait vivement regretter
l'absence de la tête, autrefois rajustée, et qui a été sans doute arrachée, il y a quelque
cinquante ans, en même temps qu'on sciait l'inscription du dossier, sauvée à grand' peine
par M. de Lokgpérier, et qu'on songeait à utiliser les autres monuments égyptiens pour
eu faire des bancs pour le jardin des Tuileries.

Mais je m'aperçois, messieurs, que je me laisse entraîner beaucoup trop loin et ne pou-
vant à l'heure qu'il est vous décrire même hâtivement l'art de cette période — je m'arrête.
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