Revue égyptologique — 8.1898

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Les réformes et les rêves d'un roi philanthrope.

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La légende du grand conquérant, du grand roi Thoutmès III, était devenue en Egypte
— comme en France la légende de Napoléon Ier — un thème de développement et d'ampli-
fications continuels. Le vainqueur est facilement pour ses compagnons d'armes un demi-dieu :
et quand, après ses victoires, sont survenues dans la suite des défaites, quand le pays, un
instant partout envahisseur, a perdu partout de son prestige, alors l'engouement pour le soldat
heureux est bien loin de cesser et dans son cœur chacun le regrette.

Aussi ne faut-il pas nous étonner de voir — après les révolutions religieuses et politiques
d'Aménophis IV devenu Khounaten — tant regretter et tant invoquer le roi national qui avait
porté dans tout le monde civilisé d'alors la gloire de ses armes et le culte d'Amon, renié
par quelques-uns de ses successeurs beaucoup moins glorieux que lui.

Ce fut ce regret universel qui, après les rois hérétiques,1 porta au trône Haremhebi, se
rattachant dans ses inscriptions le plus étroitement possible au grand Thoutmès.

Lorsque, ayant démoli, pense-t on, le temple d'Aten, il répara et agrandit le temple de
cet Amon Thébain dont Khouenaten avait fait partout marteler le nom divin, il eut bien soin
d'y inscrire, sur ses pylônes, qu'il avait porté ses conquêtes partout où les avait déjà portées
Thoutmès III, comme il eut bien soin d'y dire, dans sa stèle voisine des mêmes pylônes, qu'il
avait imité le plus possible aussi Thoutmès III dans son administration civile et dans ses
règlements juridiques.

Qu'était pourtant cet Haremhebi? A quelle famille royale se rattachait-il? — Nul ne le
sait. Brugscii a pensé qu'il avait épousé une sœur de Nofretiti, femme de Khouenaten, et
tenait d'elle ses droits à la couronne. Je crois plutôt — et nous verrons bientôt pourquoi —
qu'il s'agit d'une autre princesse homonyme de sang royal, d'une fille et non d'une belle-sœur
du roi, et que cette royale épouse, dame des deux pays, Mautnetem, qui est représentée à
ses côtés dans le monument de Turin, était l'héritière d'un des prédécesseurs immédiats d'Har-
emhebi. Quant à lui-même, je ne serais pas éloigné de supposer qu'il sortait tout simplement
de la ville phénicienne de Tyr, qu'Abi Sarri gouvernait quelque temps auparavant d'après sa
correspondance cunéiforme avec Khouenaten, et de laquelle Haremhebi date, dans sa stèle,
plusieurs de ses rescrits judiciaires. Ce serait alors un sémite de race, tout comme les
premiers Eamessides qui lui succédèrent immédiatement, étaient, selon l'enseignement de
M. de Rouge, des sémites d'origine — d'après la stèle de l'an 400, d'après la vénération
pour Seth qui était traditionnelle dans cette famille, etc. — ce qu'a confirmé le type tout
sémitique de Ramsès II, rendu évident par sa momie récemment découverte.

Haremhebi formerait ainsi le pont entre la XVIIIe dynastie, à laquelle on a coutume
de le rattacher, et la XIXe dynastie fondée par Eamsès Ier, cet ancien subordonné de Khou-
enaten, ayant servi, ■— les textes nous l'apprennent, — sous Ai et sous Haremhebi, qui était
peut-être son parent ou son allié.

1 Notons que, d'après un document précieux que j'ai rapporté d'Egypte au Musée du Louvre, un
prince de la famille d'Aménophis IV et que j'ai nommé Aménophis V, faisant comme le fils de Pierre le
Grand au moment des réformes de son père, avait essayé de lutter contre les hérétiques. Ce prince, dont
les cartouches étaient Osor neb neteru Thoutmès, ne réussit pas plus que le fils de Pierre le Grand, tué par
celui-ci. Il mourut et fut enseveli à Thôbes, où j'ai recueilli la toile dans laquelle sa momie fut ensevelie
par une chanteuse aimée de lui. Son domaine funéraire sacré est encore mentionné dans une location du
temps d'Amasis. Voir ma Notice des papyrus démotiques archaïques, p. 347 et 358.
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