La chronique des arts et de la curiosité — 1917(1919)

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ET DE LA CURIOSITE

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son fondateur, vient d’hériter d'une dame
française décédée récemment dans cette ville
même, RIme Marguerite Ginoulhiac, d’un très
joli panneau : un portrait à mi-corps, la
grande-duchesse de Foscane Vittoria, der-
nière descendante de la famille ducale des
Délia Rovere d’Urbin, et femme de Cosme II
de Médicis. L’auteur de ce portrait est Juste
Susterman, le peintre flamand au service de
la famille princière de Florence. Il existe en
Toscane plusieurs portraits de la même prin-
cesse interprétée sous différents aspects. Dans
celui dont nous parlons, elle est figurée
comme poète, un rouleau de papier et une
branche de laurier àla main, la physionomie
jaune et vive.

*** Au cours des fouilles faites à Louqsor
sous la direction du regretté Georges Legrain,
on a mis au jour des vestiges de la ville ro-
maine avec deux inscriptions semblables,
qu’on a pu compléter l’une par l’autre, gra-
vées sur deux des piédestaux du forum et
qui font mention de la dédicace du monu-
ment par un gouverneur de la Thébaïde, Au-
relius Ginus, à un consul romain que M. Le-
grain identifie avec Flavius Claudius .Julia-
nus qui devint en 381 l’empereur Julien.

Jusqu’ici la plupart des documents décou-
verts étaient égyptiens ou grecs ; ceux de
langue latine sont très rares, ce qui ajoute à
l’importance de l’inscription en question.

*** Un violent incendie a détruit complète-
tement le 10 août, le Grand Théâtre de Tou-
louse, construit en 1880 par l’architecte Dieu-
lafoy, qui occupait l’aile droite du palais du
Capitole- On n’a pu sauver que les toiles du
peintre Henri Rachou apposées il y a peu de
temps dans le grand foyer.

*** Aux musées dont nous avons annoncé
dans notre dernière Chronique la fondation
récente aux Etats-Unis, il faut ajouter celui
qui a été récemment ouvert dans la ville de
Cambridge (Etat de Massachussets) : le « Fogg
Art Muséum ». D’après une notice que nous
envoie l’érudit historien d’art M. G. Frizzoni,
il renferme un nombre assez considérable de
sculptures hindoues, grecques, romaines et
de la Renaissance italienne et une belle col-
lection de peintures appartenant surtout aux
différentes écoles italiennes, dont la plupart
feraient honneur à n’importe quel musée, no-
tamment: un retable de Spinello Aretino, des
œuvres de Primitifs siennois, un Saint Fabien
queM.Venluri attribue àMelozzo daForbi, un
curieux triptyque de Nicole da Fuligno, une
charmante Sainte Famille de Pinturicchio,
un panneau, L'Adoration des Mages, par Co-
simo Tura, ayant fait partie d’un triptyque
dont les autres parties sont dans la collec-
tion Robert Benson à Londres et de M1110
Garner à Boston; enfin, quelques couvres de
l’école des Vivarini et des Bellini, et une déli-
cate figure de Saint Pierre Martyr par Lo-
renzo Lotto.

*** Le collectionneur américain Isaac Dud-
ley Fletcher, dont nous avons annoncé la
mort dans notre dernier numéro, a légué au

Metropolitan Muséum de New-York toute ses
collections, estimées 12 millions de francs.

La collection de peintures n’est pas très im-
portante, mais est d’une qualité remarqua-
ble et renferme quelques tableaux célèbres,
notamment : le Portrait de Mademoiselle
Charlotte du Val d'Ogues, par David (1) ; le
Portrait de la sœur de l'artiste, par Reynolds,
(acheté aux héritiers du grand peintre anglais
ainsi que sa montre), une Tête de Christ de
Rembrandt, une Tète d'homme par Rubens,
un beau portrait par Chardin, un magnifique
Gainsborough, un paysage de Millet, plu-
sieurs Corot et un très beau Daubigny. Les
tapis égyptiens et pew-ans de la collection
sont parmi les plus beaux que l’on connaisse
en Amérique. Enfin, une collection de porce-
laines formée avec un goût parfait complète
ce magnifique ensemble.

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Les Œuvres d’art et la Guerre

La période qui s’est écoulée depuis l’apparition
de notre dernière Chronique a été marquée par un
nouveau désastre : l’incendie de la collégiale de
Saint Quentin; imposant édifice commencé àla fin
du xue siècle et terminé au xv% dont la haute nef,
d’une pureté de lignes impressionnante, était cou-
pée de deux transepts, et qui avait conservé la
plupart de ses richesses : verrières des xm° et xve
siècles, fresques du Moyen âge, sculptures en
pierre peintes, monuments funéraires, dont le
plus vénérable, contenant les reliques de saint
Quentin et de ses compagnons, était formé d’une
colonne antique en marbre blanc, sciée en son mi-
lieu et provenant probablement du temple païen
que l’église avait remplacé ; buffet d’orgue qui
comptait parmi les plus beaux spécimens de la
sculpture sur bois du xvn° siècle.

L’édifice a pris feu le 15 août au soir, et il n'en
reste plus que les murs. Le communiqué allemand
du lendemain rend responsable de cette catas-
trophe l’artillerie française, dont les obus auraient
incendié le presbytère, voisin de l’église, laquelle
aurait ensuite pris feu. A cette assertion, le com-
mandement français oppose de nouveau le démenti
qu’il a déjà formulé dès le 9 juillet en réponse aux
allégations du professeur Paul Clernen, de Bonn,
et de la presse allemande sur la « destruction de
Saint-Quentin par l’artillerie française » : « Des
ordres formels — dit cette protestation — ont été
donnés pour que l’artillerie de la *** armée ne
tire ni sur la ville, ni surtout sur la cathédrale
de Saint-Quentin. Notre artillerie prend sous son
feu, et seulement pour les neutraliser, les batteries
ennemies installées dans la partie nord de la ville
et le faubourg d’isle. Tous les jours, cependant,
des observateurs signalent des incendies et des
explosions dans Saint-Quentin, et nous savons que
la ville a été pillée et saccagée sous la direction
du lieutenant baron de Hadeln, historien d’art,
délégué au grand quartier général, assisté du lieu-
tenant Relier, architecte à Berlin. Des équipes
spéciales ont dépouillé la cathédrale de to,utes ses

{l) Reprod. hors texte dans la Gazette des Beaux-
Arts, 1897, t. II, p. 158 (article, 1897, t. I, p. 457 .
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