La chronique des arts et de la curiosité — 1917(1919)

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LA CHRONIQUE DES ARTS

son exposition posthume {1886); Un livre de dessins de I
Moreau le jeune (1888); des notices sur Cabanel
(1889), Elie Delaunay (1891) et Hébert (1897); La Pein-
ture ancienne à l’Exposition Universelle (1900) ; L’Ex- |
position des Primitifs français (1904), etc. Ces diffé-
rents ouvrages lui avaient valu le prix Vitet, de j
l’Académie française, et le prix Bordin, de l’Acadé-
mie des Beaux-Arts. Poète délicat, ayant fait partie
du groupe du « Parnasse contemporain », il avait
publié en outre plusieurs volumes de vers : Les J
Espérances, Images fuyantes, Idylles, etc., et, tout j
dernièrement, Gloires et deuils de France que nous
avons signale dans l’avant-dernier numéro de la
Gazelle. ; —• vers le 26 mai, à Paris, où il était né
en 1840, Charles Ravaisson-Mollien, ancien
conservateur-adjoint du département des antiques
et créateur du musée des moulages au musée du
Louvre, à qui l’on doit le déchiffrement et la
publication de plusieurs des manuscrits de Léonard
de Vinci (6 vol. in-folio, 1880-1891, travail qui obtint
le prix Bordin) et qui avait publié dans notre Gazelle,
en 1881, une étude importante sur ces écrits du maî-
tre italien ; — le 28 mai, à Paris, à l’âge de soixante-
deux ans, le peintre de portraits Henri Rondel, de
la Société des Artistes français, chevalier de la
Légion d’honneur, né à Avignon, titulaire d’une mé-
daille de bronze à l’Exposition Universelle de 1900;

— vers le 31, à Paris, l’illustrateur Ernest Lesage,
dit Sahib ; — vers le 7 juin, à Paris, à l’âge de
soixante et onze ans, le sculpteur Edouard Lor-
mier, originaire de Saint-Omer, auteur notamment j
du monument de Pelletier et Cavenlou sur le boule-
vard Saint-Michel à Paris, des bustes du Général Peliet
(Musée de l’Armée), de M“c Récamier (musée de,
Lyon), de Fulbert-Dumonteil (musée de Périgueux), I
de sculptures décoratives au Muséum d’histoire
naturelle, etc., titulaire d’une médaille d’argent à
l’Exposition de 1900 ; — vers la même date, M. Jules
Badin, administrateur honoraire de la Manufac-
ture nationale de Beauvais, décédé dans sa
soixante-seizième année.

Précédemment étaient morts en outre : en juin
1918, des suites d’une maladie contractée aux armées,
le peintre normand Enault ; au commencement
de cette année, à Paris, le peintre- Eusèbe-Henri
Laporte, ancien directeur de l’école de dessin du
IIe arrondissement, âgé de soixante-dix-huit ans; —
le 11 février dernier, l’architecte Henri Mangin.

MOUVEMENT DES ARTS

Les Grandes Ventes prochaines

Notre siècle a le goût dès anniversaires et des rétros-
pectives ; le culte du passé l’absorbe si fort que les
résurrections de Léonard de Vinci, de La Tour ou
de Goya ne lui suffisent plus : nous allons à travers
les grandes ventes fureter les vieux objets d’art ou
les dessins anciens, et les 66.000 francs obtenus par
un crayon de Hans Holbein à la première vacation
Flameng démontrent que les gros prix ne sont pas le
monopole de Corot... Voici quelques belles ventes
encore, où domine l’art ancien, sans préjudice des
œuvres modernes de Gaston La Touche, de Gustave
Courbet, centenaire oublié du 10 juin 1919, ou d’une
« quatrième et dernière vente » Degas, qui prolon-
geront, cette année, la saison des enchères jusqu’à
la veille du 14 juillet.

Collection Marcel Gottreau (1)

Si l’art est « la vérité choisie », c’est le choix des
ouvrages, beaucoup plus que leur grand nombre, qui
constitue la valeur d’une collection; peu de chose,
ici : 26 cadres seulement, dont trois dessins, une
gravure, et 22 tableaux anciens, mais de la meilleure
qualité. Plusieurs même sont de tout premier ordre,
telle cette petite Pielà de l’école de Bruges du
xve siècle, où la Vierge, en manteau brun liseré d’or
et voilée de blanc, fait d’une main si naïve un beau
geste de douleur : précieux panneau, d’une étonnante
conservation dans ses tons vifs, et qui fit prononcer
le nom de Rogier v<>n der Weyden à l’Exposition du
Centenaire de la découverte de l’Amérique, en 1892,
à Madrid.

L’Italie n’oppose à cette Pielà primitive qu’une
Vierge inscrite sous le nom du Bolonais Francia;
l’école française compte seulement quelques mor-
ceaux du xvnie siècle : une galante mythologie d’Ei-
sen, une scène militaire de Jacques Bertaux, un
dessin de Swebach, deux sépias de Gristophe Huet.
Ce sont, ici, les Flandres-et la Hollande familière
qui dominent. Flamand par son origine bruxelloise,
l'austère Philippe de jChampaigne appartient à la
plus noble tradition française par saznanière simple
et sobre comme ses aspirations jansénistes; loin des
peintres d’Anvers, de La Rencontre de Brueghel de
Velours, du Convoi d’armée de Sébastien Vrancx,
des Moissonneurs et du Marchand d’orviétan de Té-
niers le jeune, et même d’un élégant portrait daté'
par Van Dyck de lü36, son Portrait de Sant ul appa-
raît moins rigide que le fameux Saint-Cyran du
musée de Grenoble, mais caractérise fortement le
chanoine expert en vers latins.

- Bons ouvrages de Netscher, de Mierevelt, de Slin-
geland, de Frans et de Willem van Mieris, les por-
traits hollandais sont d’allure plus bourgeoise en
leur paisible bonhomie. A côté d’un lumineux Inté-
rieur d’église daté de 1637 par Emmanuel de Witte, le
paysage l’emporte ici, comme ailleurs, ave une Chau-
mière du fin Wouw’erman, une scène villageoise(1669)
de l’honnête Wynants, une très belle Place en Hol-
lande du méticuleux Jan van der Weyden, et surtout
La Mare ombragée sous les grands chênes, où la
haute conscience de Hobbema devance le patient
génie de notre Théodore Rousseau.

Dans l’opulente série des objets d’art et d’ameu-
blement, nous remarquons de délicates porcelaines
de Chine des époques Kien-lung ou Kang-hi, des
cuivres anciens, un émail limousin de Jean 11 Péni-
caud d’après Albert Durer, un superbe livre d’Heures
manuscrit français, richement enluminé, du xve siè-
cle, un gracieux médaillon signé par Clodicn, des
sculptures, dés bronzes, des meubles, plusieurs pen-
dules et cartels de la Régence, une douzaine, enfin,
de claires tapisseries.

A la suite de la belle collection Cottreau, le même
jour et dans la même galerie, seront vendus un mo-
bilier de salon en tapisserie, du temps de Louis XVI,
et deux, originales tapisseries de Bruxelles du
xvnee siècle, l’une représentant une Chasse au san-
glier, l’autre une Chasse au lion, d’après Rubens,
et signée F. Raes.

Collection L. de M.„ (2)

A l’instant de leur dispersion, les belles collec- 1 2

(1) Dont la vente aura lieu galerie Georges Petit,
le jeudi 12.juin.

(2) Dont la vente aura lieu galerie Georges Petit,
les lundi 16, mardi 17, meicredi!8 et jeudi 19 juin.
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