La chronique des arts et de la curiosité — 1917(1919)

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ET J3E LA CURIOSITÉ

il le fait tour à tour d’Ingres, de Toulouse-Lautrec,
de Degas, de déployer plus de grâce et plus d’esprit,
et que ses interprétations, toutes personnelles, pré-
sentent souvent des déformations peu expressives.
Parmi les croquis anciens, les arlequinades plaisent
par le sens de l’arrangement. Combien pourtant
l’effort de renouvellement de M. Picasso nous semble
préférable à l’abdication devant le goût public!
Nous en voyons les effets à la « Société de la Minia-
ture » (22) et dans les paysages de MM. Hurard f23),
Brun-Buisson (23), Parturier (23), Bridgman (24).
La Gandara(25), s’il fut artificiel, le fut du moins
avec autorité. Il en imposa par une « distinction »,
simulée à l’aide de teintes neutres et de formes
évanescentes. Deux ou trois de ses portraits Mme de
Nouilles, Jeun Lorrain lui-même, montrent qu’il
n’était pas incapable d’une certaine acuité psycholo-
gique.

Le Petit-Palais expose en ce moment des vitraux
qui seront étudiés dans un prochain article de la
Gazelle, et le Musée des Arts décoratifs la tenture
des Chasses de Maximilien. Nous vîmes là aussi les
œuvres de quelques décorateurs morts pour la patrie,
parmi lesquel les se distinguaient les objets en métal
découpé de M. Schneider, les vases de M. Lucien
Bonvallet, les peintures de M. René Berteaux. A la
galerie Hébrard (26) sont assemblées les verreries
qu’avec un goût sûr M. Marinot parsème de fleurs
d’émail et de jolies aquarelles rapportées du Maroc
par cet artiste.

Glotilde Mi s.ue

Instilut de France

Séance trimestrielle CC2 octobre)

Dons el legs. — L’assemblée approuve à l’unani-
mité l’acceptation: 1° du présent du président de la
République chinoise (son [ortrait et un vase de
prix) que nous avons annoncé dans notre précédent
numéro ; — 2° d’un legs de feu Georges Lafenestre,
consistant en des dossiers, notes et œuvres d’art ; —
3» de la donation du bai on Edmond de Rothschild
dont nous avons également parlé, consistant en une
maison sise à Londres, ISS, Queen’s Gâte, destinée
à recevoir les artistes, les savants et les littérateurs
français appelés par leur travail en Angleterre,
avec mobilier, lingerie, argenterie, etc., ainsi qu’en
une somme de 80.000 francs de rente sur l’Etat fran-
çais destinée à assurer l’entretien et le fonctionne-
ment de cette généreuse fondation.

Séance jniblique annuelle (25 octobre)

A cette séance, M. Maurice Fenaille, délégué de
l’Académie des Beaux-Arts, a lu un intéressant tra-
vail sur L’Art de la tapisserie•

CORRESPONDANCE D’ANGLETERRE

L’EXPOSITION du BURLINGTON fine arts club
L’exposition du Burlington Fine Arts Club était
consacrée cette année à l’école florentine avant 1500.

(22) Galerie Brunner, 7-30 novembre. — (23) Galerie
Devambez, 12-28 novembre. — (24) Galerie Georges
Petit, Ic,-14 novembre. — (25) Galerie Devambez,
15 octobre-lü novembre, — (26) 3-15 novembre.

Très heureusement organisée par M. Roger Fry, elle
offrait trente-huit tableaux prêtés par des collection-
neurs anglais ou des musées éloignés de la capitale,
et l’ensemble en était remarquable.

Pour la période giottesque, outre un Christ bénis-
sant attribué à Giotto (1), que des restaurations en-
dommagent malheureusement, on avait exposé le
devant d’un cassone dont le pendant se trouve au
Bargello, et où sont représentés pittoresquement des
scènes de l’histoire de Saladin et de Torello que
nous raconte le Décaméron (2).

Fra Angelico triomphait avec deux scènes de la
légende de saint Cosme et de saint Damien. Sur
l’une, appartenant à la Galerie nationale d’Irlande,
i les deux saints et leurs trois frères sont liés sur un
bûcher dont les flammes les respectent et atteignent
les bourreaux épouvantés. La scène se passe sur la
; place d’une ville, devant une tribune où les juges
! témoins du miracle marquent leur surprise. C’est
un fragment d’une conservation parfaite et d’une
qualité exquise, provenant de la prédelle dispersée
i entre la Pinacothèque de Munich, l’Académie des
Beaux-Arts de Florence et le Louvre. L’autre pein-
ture, de plus petite dimension (doit-on supposer que,
faisant partie du même ensemble que le tableau
précédent, elle fut autrefois coupée?), appartenant à
j E.-G. Spencer Churchill, nous montre les deux saints
remettant à un malade une jambe dont ils avaient
dû l'amputer. La conservation de cet.te peinture est
excellente, ses colorations fiaîehes et harmonieu-
ses, la composition, bien balancée, les attitudes na-
turelles. C’est une œuvre de grand charme et très
précieuse.

Une Chasse au cerf au clair de lune, grand cas-
sone appartenant à l’Universjté d’Oxford(Ashmolean
Muséum) est attribuée à Paolo Uccello, par analogie
avec la prédelle de 1468 de la Galerie d’Urbin. C’est
! une scène pittoresque, amusante par mille détails, et
d’une belle coloration sombre, où vibrent les rouges
i des bonnets et des costumes des chasseurs.

Plusieurs fois déjà, et récemment encore; en 1910-
1911, à la Grafton Gallery, avait été exposée à Lon-
dres la grande Adoration des Mages de Filippo Lippi
appartenant à sir Frederick Cook ; mais c’est, tou-
jours une grande joie de revoir ce rare chef-d’œuvre.
Dans cette peinture de jeunesse de Fra Filippo se
retrouve encore l’influence de Gentile da Fabriano,
dans le charme des figures et les colorations rehaus-
sées d’or des costumes, et aussi celle de Fra Angelico.
Déjà cependant la scène traditionnelle est amplifiée :
à la suite des Rois Mages viennent se prosterner
devant l’Enfant-Dieu toutes les classes de l’huma-
nité: après les rois, les nobles, les bourgeois, les
paysans et jusqu’aux plus déshérités des hommes,
étonnante composition de plus de cent personnages
disposés autour de la crèche dans une sorte de ronde
universelle. Les détails pittoresques ne sont pas
négligés, et les pages soignant et dessellant les che-
vaux dans une écurie derrière l’étable constituent
un charmant tableau de genre.

Les principaux élèves de Lippi étaient aussi pré-
sents. M. Heseltine avait prêté sa jolie Vierge avec
l’Enfant et saint Jean qui est un motif souvent
repris par Botticel 1 i lui-même ou par ses élèves,
et la Corporation de Glasgow avait envoyé une
Annonciation, située sous le péristyle d’un palais

(1) Cf. Roger Fry (Burlington Magazine, novembre
1911, p. 66).

(2) Cf. G. de Ni cola (Burlington Magazine, ma
1918).
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