La chronique des arts et de la curiosité — 1917(1919)

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LA CHRONIQUE DES ARTS

comme autrefois, les ivoires, les orfèvreries, les
émaux, les céramiques et les meubles. Au second
étage, enfin, dans les anciens appartements de la
direction, ont été créées de nouvelles salles où sont
exposés les tissus, broderies et dentelles enlevés du
rez-de-chaussée, auxquels on a adjoint les panneaux
de la belie tapisserie de la Vie de Saint Etienne,
exécutée à Arras vers 1509 et d’admirables boiseries
provenant du château de Gaillon.

*

Le château de Maisons-Laffitte avait rouvert ses
portes au public dès le printemps dernier et l’on
avait pu y admirer de nouveau les tapisseries roulées
pendant la guerre, notamment la réplique française
du xvme siècle d’une partie delà célèbre série des
Chasses de Maximilien, exposée cet automne au
Musée des Arts décoratifs, ainsi que les magnifiques
tentures Louis XIV de Beauvais ou des Gobelins,
qui font une parure somptueuse aux pièces d’apparat
de la demeure du président René de Longueil.

Parmi les tableaux des écoles italienne ou française,
quelques-uns, du Guide, de Guerchin, de l’Albane
ou de Philippe de Chkmpaigne, viennent d’être
ramenés au Louvre où ils figureront désormais dans
la Grande Galerie reconstituée. Mais les réserves du
Louvre, fort riches en cette matière, ont permis de
rendre à Maisons des pièces équivalentes des mêmes
maîtres : c’est ainsi que les historiens et les ama-
teurs retrouveront avec plaisir à Maisons un grand
paysage du Dominiquin et d’autres d’Annibal Car-
rache et de Grimaldi, qui préparent l’art d’un
Poussin et d’un Claude Lorrain, une vaste toile de
Tiarini, représentant Le Repentir de saint Joseph,
apparentée au style de notre Le Brun, une Résurrec-
tion d’Annibal Carrache et un Couronnement de la
Vierge de Lanfranehi, des Vierges de Strozzi, du
Guide et de Sassoferrato, tandis qu’au milieu d’autres
peintures du même temps un très beau Concert de
Lionello Spada, qui appartint aux collections de
Louis XIV, met une note plus appropriée au cadre
plus intime des appartements du premier étage où on
l’a placé.

Quelques pièces de mobilier ont été ajoutées dans
une des salles du rez-de-chaussée. Malheureuse-
ment les meubles du xvne siècle font encore défaut
pour faire revivre comme il conviendrait les grands
appartements du château. 11 est à souhaiter que
quelque affectation heureuse ou quelque géné-
reuse donation permette un jour de combler cette
lacune.

La Maison de Victor Hugo, place des Vosges, a
également rouvert ses portes lundi dernier 22 décem-
bre. A cette occasion le conservateur M. Raymond
Escholier a organisé dans le grand salon du premier
étage, une exposition momentanée, toute de circons-
tance, qui a été inaugurée par le président de la
République, où, en utilisant le fonds du musée et
en faisant appel à l’obligeance de divers collection-
neurs (M"'es Lockroy, Ozanne, Paul de Saint-Victor,
MM. Barrés, L. Barthou, Pierre Lefèvre-Vacquerie),
sont réunis dans un ensemble des plus intéressants
les dessins du poète naguère étudiés dans la Ga-
zelle (1) et les photographies et souvenirs divers
ayant trait aux voyages de Victor Hugo sur les bords
du Rhin.

' ’ ----M.___

(1) Emile Bertaux, Victor Hugo artiste (Gazette des
Beaux-Arts, juin et août 1903; tiré à part).

Les Œuvres d’art et la Guerre

Une médaille du sculpteur Hannaux, frappée avec
le bronze des statues des souverains allemands
renversées à Metz lors de l’entrée des troupes fran-
çaises, vient de commémorer la délivrance de cette
ville. On y voi t, au droit, Metz se jetant dans les bras de
la France qui vient de briser ses chaînes ; au revers
est cette inscription: « Metz à ses libérateurs, 19
novembre 1918 ».

M. Lionel Leycester, de Londres, vient d’adresser
à.M. Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique
et des Beaux-Arts, un chèque de 100 livres sterling
en vue de participer à la restauration de la cathédrale
de Reims.

Le Temps, dans son numéro du 13 décembre,
annonce que le roi détrôné de Wurtemberg a fait
vendre par adjudication publique la majeure partie
des trésors artistiques qui se trouvaient au château
royal de Stuttgart.

Cette collection, dont la vale r avait été estimée
à 1.350.000 francs, a produit plus de trois millions.

I La plupart des objets ont été acquis par des mar-
chands allemands et étrangers. Faute de fonds, la
galerie de peinture de Stuttgart a dû se contenter
de quelques œuvres de second ordre.

Un Portrait de femme par Luini, estimé 20.000
marks, a été acquis pour 81.000 par un marchand
de Carlsruhe. Le Portrait de Diane de Poitiers parle
Primatice, évalué 20.000, est allé à Saint-Gall pour
o7 000 marks. Un Naufrage à la côte par J.-F.
Preller l’aîné, a monté à 35.500 marks et est allé à
Zurich. Une Madone de Benvenuto Tisio est allée à
Carlsruhe pour 61.000 marks. Un Portrait en buste,
de Paul Véronèse, a trouvé acquéreur pour 43.000
marks. Des œuvres d’artistes de second ordre ont
atteint quatre et cinq fois le prix d’estimation.

PETITES EXPOSITIONS

Parlons d’abord des artistes dont le seul plaisir
de peindre fait le talent, sans que le goût des
démonstrations théoriques entrave ou déforme ce
développement naturel.

La Société internationale de la peinture à l’eau (1)
a réuni des œuvres de MM. Auburtin, Besnard,
Gassiers, Luigini, Lucien Simon, qui s’impose
comme un maître de l’aquarelle, de Mme* Lucien
Simon, Aman-Jean, et Crespel, très personnelles
toutes trois.

Mme Madeleine Lemaire avait exposé également
chez Georges Petit (2) des aquarelles dont l’éloge
n’est plus à faire.

On voit plus rarement des œuvres de M. William
Laparra (3), et c’est regrettable. Nous y gagnons tout
au moins d’avoir une exposition très complète. Des
portraits, simples et bien sentis ; des nus ; des inté-
rieurs enfin, conçus comme des tableaux de genre.
M. Laparra a un sens de P «effet » qui rappelle ses dons
heureux pour le décor de théâtre. Les noirs et les
blancs, qu’il affectionne, sont d’une belle qualité,

(I) Galerie Chaîne et Simonson, 13 novembre-2
décembre. — (2) Galerie Georges Petit, 2 au 15
décembre. — (3) Galerie Georges Petit, 1er au 15
décembre.
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