Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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CHASSE D AIX-LA-CHAPELLE.

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torches allumées et portée lentement sur tous les points de la galerie, de manière à être vue
dans toutes les directions. La sainte robe est montrée la dernière, et sert à bénir le peuple. On
termine la cérémonie par de longues invocations en faveur de l'Église, du pape, de l'arche-
vêque de Cologne, de l'évêque de Liège, du prévôt et du chapitre, du sénat et de la ville, des
pèlerins et des morts. On nommait autrefois l'empereur et le roi très chrétien après le pape,
et les ducs de Brabant et de Juliers après l'évêque de Liège.
Les proclamations ont lieu deux fois par jour pendant deux semaines. Dans l'intervalle il est
permis aux pèlerins privilégiés de contempler les reliques de plus près, bien que toujours à
distance. Tous les soirs les vêpres de la sainte Vierge sont chantées du haut de la tour et enten-
dues par la foule agenouillée. Les quinze jours expirés, les reliques sont reportées avec la même
pompe dans la grande châsse, où elles sont enveloppées dans de nouvelles étoffes, sous le sceau
du chapitre, et renfermées au moyen des deux clefs que doivent conserver le prévôt et le maire.
Les cérémonies des proclamations ont pu varier avec les siècles : ce qui a peu varié, c'est
l'affluence des pèlerins accourant au jubilé d'Aix de tous les pays gouvernés, conquis, convertis
par Charlemagne, et des plus lointaines contrées de l'Europe. On y voyait rassemblés des
Français et des Frisons, des Saxons et des Illyriens, des Polonais et des Belges, des Bohémiens
et surtout des Hongrois ; chaque nation avait sa place à part, alignée par les magistrats pour
assister aux proclamations. Le marché aux bêtes était réservé aux Hongrois, le petit cimetière
aux Polonais, le marché aux poules aux Frisons, etc. ; les autres devaient occuper le grand
cimetière, les rues adjacentes, ainsi que les maisons voisines; et afin que les toits de ces mai-
sons pussent recevoir des spectateurs, défense était faite aux propriétaires de les terminer en
pignon.
En lâ96, on compta plus de cent quarante-deux mille pèlerins aux fêtes de Noël, et il n'y en
eut pas moins au jubilé de la même année. On vit une autre fois dix mille personnes entrer en
un seul jour par la seule porte de Cologne, ce qui supposait au moins trois cent mille pèlerins
pour les quinze jours. Au milieu d'une telle multitude, tendant à s'accumuler dans des rues
étroites et tortueuses, de sages mesures prises par le sénat pouvaient seules prévenir les acci-
dents de tout genre. H fallut n'ouvrir qu'avec précaution les diverses portes de la ville, et faire
en sorte que la foule entrant d'un côté s'écoulât de l'autre après un temps donné. Une police
sévère dut veiller à ce que la cupidité des marchands ne pût exploiter les besoins de la foule ;
la charité des riches fut appelée à pourvoir à la subsistance des pauvres. D'après une fondation
des rois de Hongrie, tous les pèlerins de cette nation avaient droit d'être nourris par la ville
pendant trois jours, quel que fût leur nombre; et ce nombre était quelquefois de quatre à cinq
mille. On les assemblait devant l'église de Saint-Matthieu, où les sénateurs eux-mêmes venaient
leur rendre solennellement au nom de la ville le devoir de l'hospitalité. Dans ces circonstances
les habitants d'Aix rivalisaient, au témoignage de Beeck, avec leurs magistrats, et se montraient
ainsi, ajoute-t-il, les dignes enfants de leur fondateur, qui aimait, lui aussi, les pèlerins, et
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