Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.

fantastiques (soit dans leurs formes, soit dans leurs
propriétés) et des idées qui !s'y rattachèrent durant
plusieurs siècles': jetons d'avance néanmoins quelques
aperçus qui montrent comment ce second bas-relief
s'accorde avec le premier. Le Centaure et la Centau-
resse (ordinairement, du reste, dépourvus d'ailes) re-
présentent communément la fougue des passions hu-
maines, mais surtout l'entraînement des sens C'est
/ /iOMMue anhnn/, comme parle S. Paul', l'homme aban-
donné aux désirs charnels; et l'arbrisseau qui étale ses
rameaux fleuris, en manière de myrte, sous leurs bras,
me semble annoncer que l'amour du plaisir a été l'objet
de ce rendez-vous qui se termine par un combat meur-
trier. L'artiste se proposait donc de faire voir l'assou-
vissement des passions menant à des suites bien plus
cruelles que ne saurait être toute la rigueur d'une sa-
lutaire discipline mise en œuvre pour les dompter; et
l'enivrement du plaisir ayant pour dernier terme
perte du corps aussi bien que de 1 âme. *

1 Ce n est pas sans recourir à des sources nombreuses et tort variées
que i'on peut interpréter ies scènes étranges dans iesqueiies le moyen âge a
mis en jeu tant d'animaux divers, ou sous divers aspects extravagants en
apparence. Nous montrerons plus tard qu'il est surtout trois genres de
documents qui recèlent la solution de ces énigmes trop longtemps consi-
dérées comme tableaux de pure fantaisie, mais qui n'étaient souvent qu'une
forme populaire donnée à des leçons sérieuses.
2 Cf. Georg. Pisid. De ran. vitre, v. 56-70. — Greg. M. .Moral, in Joè,
libr. y II, 28 (ed. Galliccioli, t. 1, 230). — Etc. Là revient ce que nous avons

Près de là un homme à pied, sans autres armes que
l'écu et le glaive, aborde résolument un griffon, l'un
des plus redoutables animaux que mentionne l'histoire
naturelle même fabuleuse. Rien n'annonce clairement
l'issue de cette lutte ; mais d autres monuments, inspirés
incontestablement par une pensée toute semblable à
celle qui présidait aux bas-reliefs de Fribourg, peignent
l'homme triomphant de son redoutable adversaire
après un combat vivement disputé. C'est donc ici
comme le pentfan? de la scène où était personnifiée la
Force chrétienne; c'est l'homme rendu capable, s'il le
veut, des triomphes les plus difHciles.
Ainsi nous considérions précédemment les plus bru-
tales passions cédant à l'empire d'une discipline aus-
tère ; nous voyons maintenant et l'homme perdu par
ses désirs indomptés, et le secret de la force qu'il ne
tient qu'à lui de déployer contre les ennemis les plus
terribles.

CHARLES CAHIER.

dît sut* ie symbolisme dû cheVat en eXpiiquant ies FiDoua; tic DoMrpcs
n° 125 (p. 216 et suivante, notes 5-8).
3 I Cor., II, 15. Animatis... homo non pcrcipit ea quæ sunt Spiritus
Dei, etc. < Ce texte rend fort bien raison de ia présence et de t'attitude d'un
centaure qui, dans tes fresques d'Assise, fait un geste d'rxciamation et
comme d'épouvante en voyant S. François se vouer au dénuement évan-
gélique^
4 Prov. V, 2-6; 22, sq, ; VI, 25-35; VII, 4-27 ; XXHI, 27, sqq, -Ecctes. VU
27.
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