Polska Akademia Umieje̜tności <Krakau> / Komisja Historii Sztuki [Editor]; Polska Akademia Nauk <Warschau> / Oddział <Krakau> / Komisja Teorii i Historii Sztuki [Editor]
Folia Historiae Artium — NS: 2-3.1997

Page: 139
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d’un personnage qui parle (le Juif) est un autre trait caracteristiąue
du ąuatrieme chainon du cycle. Le plus souvent ses heros,
soit absorbes par leur propre activite ou celle des autres, soit frappes
de malheur ou plonges dans la douleur, se taisent. Par contrę, il
est presąue de regle qu’un de ces personnages, c’est-a-dire celui
qui est en proie a une vive emotion, demeure immobile. On
peut donc paradoxalement dire que plus un personnage est
interieurement remue, plus il est physiquement inerte, accable et
renferme.

Ce n’est que le quatrieme carton qui presente une complication
supplementaire: elle est la consequence de la nouvelle apportee par
le Juif que 1’ennemi est a proximite. En principe, dans la Polonia
Grottger ne montre ni 1’armee tsariste, ni ses soldats, mais il compose
ses tableaux de cette maniere qu’on peut presque precisement indiquer
1’endroit ou se trouvent les Russes. Dans le premier et le cinquieme
carton ils sont a portee de la main, dans les trois autres a portee de la
vue, de 1’oui'e et du tir.

Une certaine regularite est aussi a remarquer dans la disposition
des personnages figurant dans chaque scene. En generał, elle depend
de la fonction du personnage et de son role, soit celui du participant
soit celui du responsable de l’evenement. Or les animateurs de 1’action
sont cfhabitude representes apnd portas. La porte, situee pres du
borcl gauche ou droit du tableau, est un element extremement
important qui se repete dans les cinq cartons. Dans 1’ensemble de
l’oeuvre elle fait fonction d’indicateur de direction: la porte ouverte
annonce la suitę d’une scene montree prealablement, la porte fermee
signifie que 1’histoire est terminee. Le cinquieme carton illustre une
situation de ce genre. C’est ici d’ailleurs, que nous voyons pour la
clerniere fois les insurges munis cfarmes en action. L’un d’eux est
presentes de profil, 1’autre au visage tourne vers la porte fermee est
vu de dos.

Etant donnę que 1’homme arme qui tourne le dos au spectateur
apparalt dans les deuxieme, troisieme et quatrieme scenes du cycle, il
est evident qu’il represente les partisans, anonymes pour la plupart,
qui ont affrontes 1’ennemi au champ de bataille. L’idee de 1’artiste de
montrer un soldat inconnu comme insurge au visage cache semble
etre un phenomene interessant dans le contexte de 1’art du XIXL
siecle, et dans la peinture polonaise de l’epoque elle est une
experience sans precedent.

Le groupe d’images illustrant les vertus militaires se compose de
cinq cartons (le Racolage fait fonction du casus belli). La seconde
partie du cycle, traitant des vertus civiques, comprend egalement
cinq scenes. Pour souligner 1’inherence et l’equivalence des deux
recits presentes, Grottger commence „1’histoire civique” par le
quatrieme carton (le Refuge). Ici, comme dans ,,1’histoire militaire”,
1’action des trois scenes se passe dans un interieur, celle des deux
autres en plein air. Leurs heros sont aussi anonymes (visages caches
dans les mains). Ils symbolisent 1’hero'isme individuel et collectif de
la population civile qui resistait a 1’ennemi et aidait les insurges,
souvent au risque de sa propre vie et de celle de ses proches (les
representants de familles avec enfants de divers origines, etats et
ages apparaissent dans le Refuge).

Grottger n’a donc pas montre 1’insurrection de janvier comme
une action armee terminee par la defaite. 11 n’a ni documente ni
reproduit, le Racolage excepte, des evenements historicjues concrets.
Sur les cartons de ce cycle il a evoque les situations typiques de la
lutte pour 1’independance de la Pologne entreprise en 1863 par les
insurges, et leur comportement plein de courage et de devouement.
Les demi-dieux figurant a la page de titre personnifient ces qualites
dignes d’etre continuees. Deux personnages representent la generation
des peres, et le troisieme, le plus jeune celle des fils. Leur nudite
indique qu’ils sont les gens de la meme espece, du nieme caractere,
petris de la meme pate.

C’est dans la tradition antique (Tyrtee et Pindare) que Grottger a
cherche la mesure pour ses heros et aussi la formę pour son oeuvre.
La composition lineaire des cartons ne met pas en evidence la struc-
ture du cycle. L’artiste a souvent cree des oeuvres composees de
paires de tableaux opposes; il en est ainsi dans la Polonia. Le Racolage
correspond a la Defense du manoir. Sur ces deux cartons 1’action se
deroule dans un interieur, 1’ennemi est dehors. Sur l’un la porte est
ouverte, sur 1’autre elle est fermee. Dans la piece ou le gendarme est
entre, 1’atmosphere cfimpuissance domine, dans celle que les Russes
essaient de prendre cfassaut 1’ambiance est pleine d’inquietude facile
a comprendre, mais aussi de mobilisation. Le Martelage des faux et
le Champ de bataille forment un ensemble. L’un de ces tableaux
represente le debut d’une vie de soldat, le second sa fin. A cóte des
hommes tues et partiellement denudes traTnent les restes de
l’equipement de bataille, les faux y comprises. La Bataille et le Messager
des nouuelles funestes se completent. Un carton comprend 1’element
viril et les visages aux traits individualises, 1’autre 1’element feminin
et des figures anonymes. D’un cóte 1’elan de 1’esprit, de 1’autre
1’abattement. Le Refuge se joint a 1’image intitulee Apres le depart de
1’ennemi. L’artiste oppose la scene representant une maison
accueillante et les gens bienveillants a la vue d’un interieur devaste
dont les habitants sont les victimes de la bestialite. Si nous mettons le
Racolage en face de la Defense du manoir le long de l'axe longitu-
dinal et les trois autres paires de cartons aussi les uns en face des
autres mais le long des axes transversaux, nous obtenons un
parallelepipede ressemblant a un sarcophage a arcades avec la porte
de la mort (porta mortis). Ce n’est que cette construction qui permet
de combiner des dyptiques et des triptyques, sans detruire la succes-
sion lineaire des tableaux.

Quand Grottger composait sa Polonia, en Italie murissait a peine
1’iclee, conęue pendant le Risorgimento, de construire des ossuaires
aux champs de celebres batailles pour honorer les ossements des
soldats non iclentifies, ainsi que de ceux de 1’armee ennemie. Cette
idee qui n’a encore ete realisee dans aucune oeuvre architectonique
sculpturale, pourrait-elle inspirer artiste polonais qui a assez scrupu-
leusement suivi le cours de campagnes tant dans les soi-disant prov-
inces italiennes de 1’Autriche qu’en Crimee? On ne peut pas donner a
cette question une reponse definitivement affirmative. Vu pourtant
le caractere nettement sepulcral du cycle, la figurę symbolique du
heros et 1’etrange absence de 1’image de 1’ennemi, il est permis
d’avancer une supposition pareille.
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