Revue égyptologique — 8.1898

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Eugène Revillout.

Pas cependant sans vous avoir fait une dernière remarque :

Ce ne fut pas seulement l'art et le droit qui reprirent leur splendeur sous la renaissance :
ce furent toutes les sciences humaines, la religion, la philosophie, la connaissance de l'âme
et de l'au-delà, la morale — cette morale ayant pour base la charité que nous avons pu
admirer dans le Rituel de Pamout, comme nous l'avions admirée dans les stèles de l'ancien
empire et qui, sans le savoir, préparait merveilleusement l'Evangile, ainsi que cette con-
version au christianisme qu'une pieuse mère païenne dont nous avons lu les anathèmes pleu-
rait si éloquemment chez son fils.

LES KÉFOKMES ET LES RÊVES D'UN EOI PHILANTHROPE.1

PAR

Eugène Revillout.

Parmi les figures les plus singulières et — disons-le — les plus sympathiques de l'histoire
égyptienne, il faut certainement compter celle du rêveur devenu roi dont j'ai à parler au-
jourd'hui. Nul plus que lui peut-être n'incarna mieux les idées de philanthropie, de charité
universelle, dont tous les recueils de morale et les livres religieux de la vallée du Nil se sont
fait l'écho depuis les temps les plus antiques : à tel point qu'on peut dire qu'elle représente
l'âme même de la vieille Egypte dans ses ardentes aspirations.

Ceux qui ont suivi depuis quelques années mes cours savent combien souvent j'ai eu
à revenir sur la splendeur de cette morale égyptienne, si humaine qu'elle en est divine, et
si profondément sentie alors partout que, dès la XIIe dynastie, aucun roi, aucun préfet,
aucun homme n'a pu se croire grand et être célébré par les vivants après sa mort sans que
sa vie ait été en quelque sorte l'épanouissement de la charité.

Mais cette charité n'était qu'une vertu quand celui dont nous avons à parler en voulut
faire un devoir — et non pas seulement un devoir religieux exigé par la divinité pour tous
ceux qui voulaient devenir dans l'autre vie d'autres Osiris — mais un devoir civil, exigé par
le roi et consacrant, dans le sens strict du mot, les droits du pauvre.

Il ne sera pas sans intérêt, je pense, d'étudier les circonstances dans lesquelles s'est
produite cette forme active, impérieuse et législative, si je puis m'exprimer ainsi, d'un senti-
ment profond qui reposait dans le cœur des déshérités, d'une soif de cette justice terminale
que les fins dernières ne contentent plus et dont l'ambiance se fait plus générale à certaines
époques de gêne et de discrédit.

C'est à une période de ce genre que nous avons affaire aujourd'hui. L'Egypte, naguère
très grande, avait été en butte à des coups d'état et à des révolutions continuelles. On avait
même voulu lui ôter sa religion pour lui en substituer une autre, peu comprise par la masse.

Et, pendant ce temps, le peuple attendait; il réfléchissait, il se souvenait : — et de
même qu'autrefois il avait aimé, maintenant il se prenait à haïr.

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