Revue égyptologique — N.S.1.1919

Page: 148
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ESSAI POUR REMONTER A L'ORIGINAL ÉGYPTIEN DU TERME SÉMITIQUE

DÉSIGNANT L'ÉGYPTE

Dans l'ensemble des idiomes sémitiques, le nom de l'Égypte est représenté par
un mot bâti sur la racine MSR. Ajoutons que cette appellation, dont le plus ancien
exemple connu date du XVe siècle avant Jésus-Christ, s'est maintenue chez les peuples
sémitiques jusqu'à nos jours, sous la forme arabe j&a, Masr, pour désigner le Caire
et l'Égypte. Si nous observons, par contre, les textes indigènes de l'Égypte antique, y
compris la littérature copte, nous trouvons plusieurs manières de nommer la contrée,
dont l'une pourtant finit par triompher des autres dans le parler vulgaire, dès les temps
saïtes, puis resta seule, en passant par le démotique, pour représenter en copte le nom
du pays : khulg. Ni dans ce mot, ni dans les appellations indigènes antérieures, nous
ne trouvons rien qui corresponde exactement au mot sémitique. C'est du moins l'opi-
nion accréditée jusqu'à présent. « Il n'y a pas, dit M. de Bissing, pour la vallée du Nil,
de désignation phonétiquement comparable à l'expression sémitique commune1. »

Dans le présent travail, je me propose d'examiner s'il n'y a pas lieu de faire re-
monter l'appellation sémitique à l'expression égyptienne bien connue ( ■ © frnrj.
Je crois, en effet, que là se trouve l'origine égyptienne, le point de départ de l'expres-
sion sémitique, d'abord transcrite approximativement, puis interprétée et déformée
suivant les habitudes linguistiques des Sémites. Nous suivrons donc l'histoire de ce
mot dans ses pérégrinations diverses. Je l'examinerai tout d'abord en ce qui concerne
sa phonétique pour ne m'occuper de sa signification qu'en dernier lieu. Sur ce point,
en effet, il ne faut pas perdre de vue que nous en sommes réduits à ne formuler que de
pures hypothèses. Nous tenterons, malgré tout, de ramener au plus haut degré de pro-
babilité un groupe particulier de ces hypothèses, et cela, autant que possible, par une
analyse minutieuse des éléments que nous aurons dégagés au cours de notre étude.

Je vais donc rechercher, en premier lieu, quel groupe de phonèmes les Sémites
ont pu entendre en Égypte, qui, transcrit selon leurs habitudes propres, a pu donner
naissance à un mot dans lequel ils ont cru reconnaître la racine MSR. En second lieu,
nous verrons que l'interprétation qu'ils donneront à ce mot selon la racine MSR les
confirmera dans leur transcription, en leur fournissant l'équivalent, presque la traduc-
tion, d'un terme usuel en Égypte pour désigner l'ensemble du pays : « Les deux

terres». L'équivalence phonétique, probablement très approchée au début, sera plus

«

1. Recueil de traeaux, XXXIV, p. 152. Voir cependant les articles de Spiegelbi-.rg (Rec. de trac, XXI,
p. 39) et de Naville (Journal of Egyptian Archaeology, III, p. 230), que me signale M. H. Sottas.
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