Revue égyptologique — N.S.1.1919

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NOTICES ET BULLETINS

Eugène Revillout et le démotique.

Je n'ai pas qualité pour apprécier dans son ensemble
l'œuvre d'Eugène Revillout. Je ne l'ai pas connu ;
d'autre part, quatre ans d'interruption presque complète
dans mes recherches ne m'ont pas permis de prendre
contact, autant que je l'eusse voulu, avec une produc-
tion aussi vaste. Je laisserai à de plus compétents le
soin de juger l'homme, le penseur, l'historien, le ju-
riste, l'helléniste, le linguiste et les autres aspects de
cette personnalité si diverse et si féconde. Mais je tiens
à insister sur un fait essentiel pour quiconque veut
formuler en tonte équité une appréciation sur le « sa-
vant polygraphe » : le talent d'Eugène Revillout s'est
altirmé vigoureusement dans les domaines les moins
accessibles, en tout cas les moins fréquentés.

Je n'entends pas par là l'Égyptologie tout entière. A
mon sens, ce n'est pas dans l'interprétation des textes
hiéroglyphiques qu'il a donné toute sa mesure. Sa
maîtrise s'est révélée surtout dans le copte et le dé-
motique, qui seront les seules disciplines envisagées ici.

Revillout était, avant tout et par-dessus tout, un
coptisant. Si nous nous reportons à l'opinion exprimée
en 1880 par L. Stern dans la Préface de sa .Gram-
maire, nous voyons que, même en Allemagne, on le
considérait alors comme le meilleur connaisseur en
dialecte sahidique. On sait l'importance prépondérante
prise depuis par l'étude de ce dialecte, et il me semble
qu'on ne rappelle pas assez souvent le rôle d'initiateur
qu'a joué E. Revillout en cette matière par ses gran-
des publications de textes d'une teneur toute nouvelle.

Ce n'est pas que sur ce point aussi on se soit abstenu
de critiques à son adresse. Mais, le copte étant une
langue assez bien connue, les contestations portent
souvent sur de menus détails, et il n'y a pas tant de
différences qu'on pourrait croire entre une édition de
Revillout et telle autre recommandée, à l'étranger,
comme beaucoup meilleure. Le grief qu'on peut le plus
justement formuler est, avec le peu de souci de l'as-
pect matériel, la hardiesse vertigineuse de certaines
restitutions. Mais le gros de l'œuvre reste, qui pèse
dans la balance d'un tout autre poids.

Sa parfaite connaissance du copte, qu'il avait cons-
tamment présent à l'esprit quand il s'attaquait à d'au-
tres périodes de la langue, l'a souvent conduit à d'in-
téressantes découvertes. Si sa méthode à cet égard n'a
pas été toujours assez serrée, il n'est pas le seul qui se
soit laissé entraîner à proposer des dérivations sus-
pectes, faute d'avoir, au préalable, établi solidement
es règles phonétiques sur la base des faits certains.

Le domaine on devaient se manifester au degré
maximum les qualités et aussi les défauts de Revil-
lout, est le démotique. Le déchiffrement y exige, en
parts égales, l'esprit d'invention et l'esprit critique.
Or, Revillout poussait le premier jusqu'à cet excès
qui entraîne l'atrophie du second. 11 y a donc dans son
œuvre beaucoup à retenir et beaucoup à laisser de côté.
Aussi faut-il se garder de toute exagération, ne pas
lire ses ouvrages avec les yeux de la foi, mais ne pas
se laisser trop impressionner non plus par les critiques
véhémentes dont ils ont été l'objet.

Je signalerai encore ce qu'écrivait Stern en 18S0 :
il rappelle les découvertes «géniales» de Revillout
dans le domaine démotique. Or, en 1913, J. Partsch,
le distingué juriste, qui collabore avec W. Spiegelrehg
et K. Sethe, parle, dans une note du chapitre qu'il a
signé dans les Demotische Papyri Hauswatdt, des
«traductions de Revillout, dont la plupart n'ont assu-
rément rien de fantaisiste». Moi-même, en juillet 1914,
je recevais une lettre de K. Sethe, où il disait s'asso-
cier pleinement à la réflexion que j'avais faite [Journal
asiatique, janvier-février 1914), touchant les mérites de
Revillout dans le domaine démotique. Il est clair
qu'entre le temps où Hrugsch et Revillout collabo-
raient sans jalousie, et, d'autre part, le décès du sa-
vant français, qui a fait perdre aux questions de per-
sonnes l'importance qu'elles avaient prise abusivement,
une période se place, pour laquelle on ne doit accueillir
qu'avec réserve des jugements outranciers, souvent
dictés par l'esprit de polémique.

On peut affirmer que la polémique entre Rrugsch et
Revillout a nui non seulement aux deux concurrents,
mais à la science elle-même. Et, en effet, à force de
s'accuser mutuellement de fantaisie, ils ne pouvaient
manquer de jeter le discrédit sur les résultats obtenus
dans une discipline comptant aussi peu d'adeptes et
dont les deux plus brillants se décriaient ainsi, alors
que bien peu de savants étaient en mesure de les dé-
partager. Sans excuser ces errements, je voudrais mon-
trer par un exemple qu'il serait injuste de faire peser
les responsabilités d'un seul côté. Quiconque a parcouru
le Poème satirique se sera étonné des termes em-
ployés par Revillout à propos de Krall, son ancien
élève. Mais il faut lire aussi la critique de Hrugsch,
Das Gedicht vom Harpenspieler, et, dans le même
numéro de la Zeitschrift, le modèle du genre, sous le
titre Die vier bitinguen Inschriften von Philae. Le
ton est moins violent, mais d'autant plus incisif, et
l'insistance à relever les mêmes défauts, vraiment in-
supportable. Or, fait digne de remarque, si Rrugsch a
rectifié uu assez grand nombre d'erreurs de détail corn-
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