La chronique des arts et de la curiosité — 1917(1919)

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LA CHRONIQUE DES ARTS

splendeurs, enlevant les vitraux du chœur et du
transept, les rosaces gothiques de la chapelle
Notre-Dame, les statues, dont celle en marbre de
saint Quentin, patron delà ville, les tableaux. »

Les Allemands ont transporté toutes ces œuvres,
avec les pastels de La Tour du Musée Lécuyer, au
musée de guerre créé par eux à Maubeuge, et n’ont
pas manqué à cette occasion de célébrer dans une
note officielle leur souci de la sauvegarde des œu-
vres d'art qui les avait déjà amenés à « mettre en
sûreté » les Ligier Richier d’Etain et d’Hatton-
châtel, auxquels se sont ajoutés depuis le célèbre
groupe en îiois de la Pâmoison de la Vierge du
même artiste, provenant de l'ancienne abbaye de
Saint-Mihiel, et un précieux bras-reliquaire en or-
fèvrerie du xva siècle découvert à Hattonchâtel
dans une cachette. Mais la destruction systéma-
tique d’édifices tels que la cathédrale de Sois-
sons (1), le beffroi d’Arras, sur lequel les obus
allemands s’acharnèrent jusqu’à ce qu’il ne fût plus
qu’un informe tas de pierres, le château de Coucy,
le donjon de Ham et autres monuments des ré-
gions évacuées dans la Somme et dans l’Aisne en
mars dernier; l’obstination avec laquelle la cathé-
drale de Reims continue d’être bombardée, con-
duisent à se demander si ce souci, tant prôné par
l’état-major allemand, de la conservation des œu-
vres d’art ne se limite pas à celles qui sont trans-
portables et peuvent devenir butin de guerre et si
le désir — bien conforme aux doctrines de guerre
allemandes — de causer le plus de dommages
possible à l’ennemi ne le pousse pas à détruire
ce qui ne peut être emporté. C’est ainsi — nous
l’avons annoncé dans notre dernier numéro — que
de nombreux châteaux ont été incendiés après avoir
été pillés.

D’après des informations de l’agence Wolff en
avril dernier et de journaux allemands depuis
cette date, le Palais de Justice, les églises Saint-
Martin et Saint-Eloi, l’Hôtel de ville, la Eourse,
le théâtre de Saint-Quentin auraient été atteints
par des obus, le monument de La Tour endom-
magé également, et celui de la place du Huit Oc-
tobre détruit.

* *

A l’étranger, un raid d’avions sur Venise, le 14
août, a causé la destruction partielle, dans un édi-
fice mal précisé par les dépêches, qui parlent d’un
« salon de Saint-Marc » (?) (d’autres renseigne-
ments disent : dans une petite église près de
Venise), d’un précieux plafond du xv° siècle.

(1) Voici, en ce qui concerne cette cathédrale, un
document qui édifiera snr le respect que le grand
état-major allemand prétend professer à l’égard
des monuments du passé. Ce sont des extraits du
carnet, trouvé il y a quelques mois près de Sois-
sons, d’un officier commandant une batterie d’ar-
tillerie au nord de cette ville :

« 31 janvier 1915. — La batterie a tiré 19 obus
fusants et percutants sur la cathédrale de Sois-
sons. Le clocher et la nef ont été plusieurs fois
touchés ; dans la nef on a observé un commen-
cement d’iDcendie. On n’a pu faire jusqu’à pré-
sent de grands dommages matériels au clocher.

« V fevr'.er. —La batterie Stengcr, de 9 h. 30 à
10 h. 3Ç, a tiré sur la cathédrale, et en particulier
sur le clocher, 29 shrapnells, dont 16 au but.

« 25 février. — Obus existants: 199; consom-
mation: 21 (cathédrale). »

Au cours d’un autre raid sur Venise, dans la
nuit du 4 septembre, le palais Morosini a été en-
dommagé.

PETITES EXPOSITIONS

LE DESSIN DANS LES ÉCOLES PRIMAIRES MUNICIPALES
DEPUIS LA GUERRE

(Musée Galbera)

L’exposition du musée Galbera vient nous mon-
trer les résultats acquis par la réforme de l’ensei-
gnement du dessin dans les écoles primaires. Voici
huit années déjà qu’un programme ministériel
l’établissait. On s* rappelle ce texte plein de rai-
son et d’équilibre. A la pratique mécanique du des-
sin linéaire, à Ja copie d’un graphique il substi-
tuait un enseignement basé sur l’entente progres-
sive des formes. Au lieu de proposer tout d’abord
à l’imitation de l’enfant l’œuvre d’autrui, il l’in-
citait à suivre ce lent chemin qui conduit de l’ob-
servation à la réalisation personnelle : « On abou-
tit au jugement dans l’étude du dessin comme
ailleurs, on ne part pas de là » (l). Le respect de
la personnalité é ait la condition du succès. « Pour
corriger l’élève, se pénétrer de ce qu’il a rêvé de
faire, plutôt que marquer l’imperfection de ce qu’il
a fait. La meilleure critique n’est pas celle qui
démolit, mais celle qui utilise, amende et com-
plète ». Le dessin d'imagination, le dessin de mé-
moire qui habitue à discerner le caractère, le des
sin de perspective, le modelage, la composition
décorative, l’étude des œuvres de maîtres, les
éléments d’histoire de l’art, venaient successive-
ment compléter l’étude directe de la nature. La
discipline et l’habileté vont se fortifiant; elles sont
appréciées non plus comme un but, mais comme
un indispensable moyeu. Nul doute qu’un tel en-
seignement ne devienne, comme le veut le pro-
gramme, « un instrument général de culture et
comme un renfort de plus pour le jeu normal de
l’imagination, de la sensibilité, de la mémoire. »

Les résultats positifs n’en peuvent être appré-
ciés au Musée Galbera que d’une façon restreinte.
Si intéressants que soient les dessins excutés d’a-
près nature ou imaginés, ils semblent n’y figurer
qu’à titre d’indication. S’adressant au grand pu-
blic, l’exposition a mis en évidence la branche la
plus séduisante du travail : la composition déco-
rative. Peut être est ce justement celle où l’effort
nécessaire à composer, à styliser, laisse le moins
subsister les différences individuelles. Le décor,
projeté, ou appliqué à des objets usuels, les affi-
ches sur des thèmes patriotiques, avec leurs for-
mes simplifiées et bien délimitées, leurs masses
nettement équilibrées, appartiennent toutes au genre
du jour. Ils lui apportent une contribution ingé-
nieuse où se révèle parfois un sens très fin de
la couleur.

L’importance d'un tel mouvement ne saurait
être niée. L’éducation du goût n'a-t-elle pas été
préconisée pour rehausser la dignité de la vie
populaire? L’industrie n’en ressentira-t-elle pas

(1 Programmes pour l’enseignement du dessin
daus les écoles primaires élémentaires, dans les
écoles primaires supérieures et dans les écoles
normales primaires, arrêtés le 2? juillet 1909 par
Gaston Doumergue.
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