Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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DIVERS MONUMENTS RELIGIEUX.

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sances. Il en résulta un art nouveau presque aussi différent de l'art des anciens où il puisait
son esprit que du moyen âge dont il conservait encore les traditions et la libre allure. Art
plein d'originalité, de grâce et de fraîcheur, qui devait produire et qui produisit en effet dans
l'orfèvrerie des monuments aussi supérieurs que ceux de la sculpture et de la peinture. Pour en
fournir la preuve ne sutïit-il pas de nommer les Ghiberti et les Ghirlandaio, les Caradosso et les
Cellini? C'est quand il est donné d'étudier les merveilleux ouvrages recueillis dans la résidence
royale de Berlin, dans celle de Munich, au Belvédère devienne, dans les musées de Dresde ou
dans notre galerie du Louvre * que l'on conçoit l'enthousiasme prêté par Galdéron à son in-
fante Marguerite dans le CVé/àr de 302-meme lorsqu'elle aperçut /es* è/j'oMtr
f /nd <$6? ptd /e deôù' Le grand
poète avait pu voir en France, s'il est vrai qu'il ait séjourné à Paris sous la régence d'Anne
d'Autriche, ce que Cellini et Ramel avaient fait sous François 1^, Briot sous Henri II, François
Desjardins sous Charles IX, Delahaie sous Henri IV s, et ce que le premier Claude Ballin avait
fait sous Louis XIII et continuait de faire sous Louis XIV.
Nous conviendrons donc sans peine de la marche ascendante de la bijouterie ou de l'orfè-
vrerie mondaine jusqu'à la renaissance; mais en dirons-nous autant de la grande orfèvrerie,
de l'orfèvrerie religieuse? Il me semble au contraire qu'en vertu même de sa destination son
avenir devait être tout autre. Appelée à orner les églises, elle devait naturellement subir les
phases de l'architecture religieuse : or, selon nous, du treizième siècle jusqu'à la renaissance
celle-ci n'a plus fait que déchoir. En effet l'architecture, étant de tous les arts du dessin celui
ou la vigueur des conceptions peut plus aisément se suRire, ses progrès sont à quelques égards
indépendants de ceux des arts accessoires; et comme elle doit devancer la sculpture et la
peinture lorsque pour celles-ci la science ne répond pas à l'inspiration, elle doit à son tour les
suivre lorsque pour elle l'inspiration fait défaut à la science. Si le treizième siècle a été le plus
beau moment de l'architecture religieuse au moyen âge c'est qu'il a été celui où la foi pénétra
plus avant dans les mœurs et donna plus d'élan aux âmes. L'architecture était alors une reine
dont tous les autres arts se reconnaissaient les vassaux. Tous les efforts tendaient vers un but
commun ; tout se fondait en un harmonieux ensemble et produisait ainsi le plus grand des
effets, l'effet architectural résultant de tous les autres. Plus tard„ les liens de l'unité se relâ-
chent en même temps que le sentiment religieux s'affaiblit; le sculpteur et le peintre s'af-

i Je pourrais citer après toutes ces collections de princes
souverains celle que M. Jules Labarte a hérité de M. Dcbruge
Dumesnil et dont il vient de publier le catalogue avec une in-
troduction historique pleine de science et dégoût. Cette collec-
tion est surtout remarquable par la beauté, la variété et le prix
de ses bijoux. L'orfèvrerie religieuse y est aussi noblement re-
présentée, ainsi que nos lecteurs en pourront juger d'après
une châsse du treizième siècle que nous publierons dans ces
Mélanges. Elle porte dans le catalogue le n° 9^3. (Dejcrèj-

ffcM de.s o&Je^ <f <??-% de co/Jeceica Défrayé, Paris, Victor
Didron, 18û7.)
- Las joyas mas cxccientes
Que la codicia imagina,
El arte pulc, y guerncce
El deseo, que son taies
Que cl arte y codicia venccn.
3 Jules Labarte, /. c. De p. 267.
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