Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 23.1867

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UN DESSIN DE LÉONARD DE VINGÏ

pour le tableau de l'adoration des mages

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uand on regarde la Cène de sainte
Marie des Grâces, il ne vient à la pen-
sée de personne qu'on puisse peindre
autrement. Les figures y sont groupées
avec tant de naturel, que le specta-
teur s'imagine facilement que cette
œuvre est sortie toute formée du cer-
veau de Léonard, comme Minerve qui
s'élança tout armée de la tête de Ju-
piter. Et. cependant que d'efforts se
cachent sous cette apparence de faci-
lité ! Si l'on connaît peu d'études pour cette composition admirable, on
peut être assuré que cent fois Léonard la refit dans sa tête et sur le
papier, semblable en cela à l'Ariostc qui recommença quatre-vingts
fois la stance du Roland furieux, si admirable par la limpidité du
style. Quelque favorisé qu'on soit de la nature, ce n'est point sans
longues méditations qu'un artiste parvient à pondérer des groupes
avec une telle science et à exprimer simplement des sentiments si
divers et si vrais. Vasari ne nous a-t-il pas appris, d'ailleurs, que Léo-
nard, pendant le cours de ce long travail, restait des journées entières
absorbé dans une espèce de contemplation, sans toucher à ses pinceaux,
malgré les importunités du prieur des dominicains. Il avançait si len-
tement, que celui-ci se crut fondé à porter plainte de sa paresse de-
vant Ludovic Sforza. Alors Léonard, qui connaissait la bonté du prince
pour lui, consentit à s'expliquer. II exposa les difficultés de son art, et
prouva, en se défendant, comment il arrive souvent aux génies les plus
élevés de travailler d'autant plus qu'ils paraissent ne rien faire. Dans
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