Revue égyptologique — 5.1887/​88

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A. Cattaui.

Nos inscriptions nous donnent un exemple curieux des luttes religieuses qui étaient encore
très vives à cette époque.

Dans le savant travail, que vous avez publié dans la Zeitàchrift, vous nous montrez
les choachytes en lutte continuelle, vous nous faites voir les procès scandaleux qui s'élevaient
entre eux. Dans l'inscription de Philée les choses se passent avec plus de calme. Il s'agit
d'un pauvre diable de Nubien, attaché au temple d'Isis la Grande, qui vient chercher chaque
année la statue de la déesse pour l'emmener en Nubie. Il est «vieux et cassé», il arrive
dans le temple, mais «Persée, l'ennemi puissant», chef de l'Abbatum de la montagne sainte
d'Eléphantine, a transporté la statue d'Isis à Syène, il ouvre le temple de la «mère» à Elé-
phantine, et il défend d'aller à l'Abbatum. Le prêtre nubien passe l'année entière à Philée
sans obtenir de pouvoir transporter la statue. Pendant ce temps, il verse l'huile sacrée, mal-
gré l'absence de la déesse dans le temple, il paie des chantres, en un mot il n'omet de faire
aucune des cérémonies d'usage. Il va à Syène et obtient enfin de l'augustal Archelaus1 ce
qu'il demandait depuis si longtemps.

Je ne veux pas m'étendre sur ces inscriptions assez nombreuses, dont vous avez fait
voir tout l'intérêt.

Il y a beaucoup à glaner encore à Philée, mais, malheureusement, il m'a été impossible
de le faire dans une plus grande mesure. Je fus forcé de quitter Philée et Assouan et de
retourner au Caire.

A mon retour, un bédouin vint me proposer une stèle dont il m'apporta un estampage.
Comme elle me parut intéressante, je la lui achetai et le Consulat Général de France a bien
voulu vous la faire parvenir.

La partie supérieure contient une scène qui représente le chantre royal agenouillé sur
un tabouret et jouant de la harpe devant deux Hathors; derrière lui, debout et tenant dans
les mains deux vases d'offrandes le roi Osorkon. Le dessin n'est pas d'une grande finesse
d'exécution, mais n'est-ce pas plus qu'il n'en fallait pour une borne. Car d'après la forme de
la stèle, d'après le grand espace vide qui se trouve au-dessous de l'inscription, d'après la
rugosité de la pierre qu'on ne s'était pas donné la peine de polir en cet endroit, il y a tout
lieu de croire qu'elle était destinée à cet usage.

Son contenu est intéressant à plusieurs points de vue : c'est un acte de donation d'un
champ et d'une maison fait par le roi Osorkon Ier (de la XXIF dynastie)- à un chantre
d'Hathor. Les noms propres contenus dans ce petit acte, qui se borne à mentionner la dona-
tion, sont très longs et très curieux, mais leur lecture offre quelque difficulté.

Nous voyons très souvent le roi donner aux représentants de cette aristocratie com-
posée de hauts fonctionnaires, placée sous sa surveillance directe, des récompenses de toute
sorte, des décorations, des colliers d'or, des esclaves, mais rarement nous le voyons accorder
comme dans notre stèle une concession de terre. C'est même, je crois, le premier de ces
actes que possède le Musée du Louvre.

1 Cet Archelaus était augustal sous Arcadius, ainsi que le prouvent plusieurs lettres impériales du
code théodosien.
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