Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 8.1860

Page: 38
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1860_4/0042
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
38 GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

son temps et à son heure. Or le principe ici ne peut qu'être dans les
vœux de tous les honnêtes gens. Son adoption n'excède pas le s attribu-
tions communales : une délibération du conseil municipal, le vote de
quelques centaines de francs de plus au budget de la ville, il n'en fau-
drait pas davantage. Si le préfet refusait son approbation, on recourrait
alors à l'administration supérieure. Mais l'intervention du ministre ne
peut être indispensable en cette occasion ; un vœu des conseils généraux
n'est pas même nécessaire, puisqu'il s'agit seulement d'une modification
intérieure dans des écoles qui demeurent tout entières à la charge des
communes. Ce n'est donc plus la société de Dijon seule, ce sont toutes
les sociétés du même genre qui devraient, chacune en leur pays, unir
tous leurs efforts afin d'obtenir une amélioration d'une sérieuse impor-
tance pour l'avenir social de la France.

En effet, plus on examine cette question, plus on la voit s'agrandir.
A côté de l'intérêt moral que nous avons signalé d'abord, se place un in-
térêt que l'on peut appeler social. Les économistes modernes s'accordent
à regarder comme une des plaies de notre temps, comme un péril sérieux
pour l'avenir, l'envahissement des villes par les travailleurs des cam-
pagnes. Or, ce qui attire les ouvriers dans les villes, ce n'est pas seule-
ment la perspective d'un salaire élevé, c'est surtout l'attrait d'un travail
facile, qui demande plus d'adresse que de force. La plupart de ces*tra-
vaux sont accessibles aux femmes. Leur fournir, par l'enseignement gra-
tuit du dessin, les moyens de s'y adonner, ce serait, en améliorant ces
travaux eux-mêmes, restreindre de plus en plus les professions qui peu-
plent les villes d'hommes inutiles et dangereux. Le développement abusif
de l'adresse, chez l'homme, est un fait aussi anormal que le développe-
ment de la force chez la femme, et ce fait ne se produit jamais sans que
la force de l'homme s'irrite et cherche à côté un aliment que le travail lui
refuse. « Si donc, dit l'auteur du Mémoire, l'envahissement de la femme
clans les spécialités qui nous occupent, devait avoir pour effet d'éloigner
des villes certains hommes qui y arrivent artistes et qui y végètent ma-
nœuvres, il n'y aurait pas grand mal, assurément. La société ne pourrait
que gagner à retenir, autour du clocher de leurs villages, une foule de
fausses vocations et d'ambitions déçues; il y aurait profit tout à la fois
pour la sécurité publique, pour la morale, pour le bien-être général, à
ce que le soc de la charrue ne fut pas changé en burin dans une main
inhabile, et à ce que d'excellents cultivateurs fussent moins empressés à
devenir de mauvais peintres ou de détestables sculpteurs. Il y aurait jus-
tice, enfin (et que dire contre la justice?), il y aurait justice à ce que,
chez une nation chrétienne et parvenue au faîte de la civilisation, la
loading ...