Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 8.1860

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LA FONTAINE SAINT-MICHEL

Ce n'était point sans une certaine impatience que l'on attendait le jour
où il serait enfin permis cle contempler la fontaine monumentale que la
ville de Paris vient de faire construire sur la place Saint-Michel. Ce que
l'on disait cle la richesse des matériaux divers employés; ce que l'on
savait du programme imposé au talent des sculpteurs; l'ignorance même,
où l'on était de la valeur personnelle du jeune architecte qui avait conçu
et qui dirigeait ce grand ouvrage ; tout appelait l'intérêt.

Quelques constructions particulières dans Paris, les maisons de garde
du bois de Boulogne, imitations fort libres du style gothique; l'arrange-
ment assez critiquable donné à la nouvelle base cle la fontaine du Châ-
telet, ne semblaient point justifier suffisamment, aux yeux d'une partie
du public, cette haute faveur d'un monument nouveau à construire. Mais
la franchise du programme iconographique adopté, et la volonté cle faire
intervenir la couleur des matériaux comme élément architectonique lais-
saient croire à l'une de ces heureuses audaces qui expliquent un choix et
absolvent celui qui en a été l'objet. On attendait quelque œuvre origi-
nale un peu en dehors des traditions classiques, homogène dans sa con-
ception, et par suite dans sa réalisation. Le résultat a-t-il répondu à
l'espoir?

Le but à atteindre était de cacher les maisons particulières qui
forment, sur la place Saint-Michel, l'angle clu boulevard de Sébastopol,
et d'une autre voie symétrique, dont le commencement seul est bâti. Ce
placage devait être une fontaine, et cette fontaine était destinée à symbo-
liser le Triomphe du bien sur le mal. Si le mal, dans le monument, nous
semble l'emporter sur le bien, faut-il, d'abord, en rendre entièrement
responsable l'architecte? Nous ne le pensons pas. D'abord une commis-
sion des beaux-arts avait adopté les dispositions générales de la construc-
tion nouvelle : or, comme l'opinion dominante a dû y être celle qui
froissait le moins d'opinions individuelles, le résultat définitif a été un
compromis, c'est-à-dire une œuvre banale, sans signification et sans
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