Revue égyptologique — 5.1887/​88

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Les papiees administratifs du Séeapéum, etc.

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» étant toujours sur le dromos de Philée et à l'extérieur du bourg. — L'augustal Archélaus
. »vint ici. J'allai à lui, à Syène, pour la statue sublime (d'Isis). Il m'accorda (ma demande),
»en sorte qu'il fit faire le droit du monde sur le temple. Je fis apporter de l'huile il pure
»pour une grande onction et pour une libation à Isis.

«Je m'occupe de la faire voyager (la déesse). Je suis dedans, dehors, pour le Unafep
» (voyage sacré) d'Isis pour mon Ethiopie. Je prie à savoir : tu me donneras le chemin pour
»amener aujourd'hui celle-ci (la statue). Que je m'occupe de la faire reposer. Que je m'en
» aille encore et que tu m'accordes de chanter avec joie, devant le grand frère Pachnumis,
»dans la chapelle du midi. Amène-moi à l'intérieur! Conseille au chef de l'Éthiopie le bien en
»paix! Son nom, affermis-le à jamais!»

Nous n'en aurions jamais fini si nous voulions indiquer ici, même sommairement, toutes
les données que nous fournissent les inscriptions démotiques de Nubie et de Philée sur les
dernières phases du paganisme égyptien à son déclin. Nous ne vous détaillerons pas non
plus tous les autres documents coptes ou grecs relatifs au temple d'Isis : je les ai depuis
longtemps mis à profit dans mon mémoire sur les Blemmyes. Qu'il me suffise de rappeler
que les luttes des Blemmyes païens contre les empereurs chrétiens prirent, depuis le roi
Terermen, une intensité plus grande encore. Sans cesse les barbares faisaient irruption sur
le sol de l'empire, mettaient à mort les moines, incendiaient les églises et les couvents,
dévastaient les villes.

Un jour qu'ils venaient d'exercer leurs ravages avec plus de férocité que jamais et
qu'ils emmenaient des foules compactes de prisonniers chrétiens, parmi lesquels était l'héré-
siarque Nestorius arraché par eux du lieu de sa relégation, ils se rencontrèrent avec le
terrible prophète Sénuti qui, par l'autorité de sa parole, leur fit relâcher les captifs — ce dont
Sénuti profita bientôt pour faire mourir sous ses coups Nestorius. C'était au moment même
où, selon le récit discuté par Evagrius, on venait de convoquer Nestorius au Concile de Chal-
cédoine pour y prendre sa revanche contre les Egyptiens et S* Cyrille en condamnant Dios-
core. Mais Sénuti, dont les moines avaient cette année-là même détruit toute une ville païenne
et brûlé vif son grand-prêtre Homère, n'était pas homme à se laisser intimider par les événe-
ments, alors qu'ils tournaient contre sa cause.

Chose curieuse, c'est aussi cette année-là qu'après cette nouvelle expédition des Blem-
myes, le duc d'Egypte, Maximin, ayant obtenu quelques succès, par suite, pensait-il, des
prières et des phylactères de Sénuti, qu'il était allé visiter au départ, négocia avec les
barbares une nouvelle paix de cent ans. Tout pieux chrétien qu'il était, Maximin suivit
l'exemple du préfet Archélaus en tenant compte du respect de la population pour le temple
d'Isis de Philée. Il jura donc la paix avec le roi Blemmye dans ce sanctuaire vénéré des païens.

Le reste des événements vous est connu.

Moins de cent ans après, Silco, le roi des Nobades, peuple de couleur, voisin de la race
blanche des Blemmyes et depuis longtemps son ennemi, fit alliance avec l'empereur Justinien,
et par son aide vainquit l'ennemi commun en trois campagnes successives. Lors des premières
il était encore païen et il avait juré, dit-il, sa trêve avec eux «de par leurs idoles». Mais
lors de la dernière il s'était fait chrétien, et c'est pourquoi nous avons tant d'inscriptions de
cette époque portant : «La croix a vaincu.»
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