Revue égyptologique — 5.1887/​88

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Eugène Revilloct.

Il eu était de même, d'ailleurs, dès la fiu du secoud siècle, quand un souverain cer-
taiuement blemmye s'intitula roi de Thèbes, pendant les guerres civiles qui suivirent la mort
de Commode.1

Ce roi,2 proclamé par les incorrigibles habitants de la Thébaïde, fut alors reconnu par
Pescennius Niger, l'un des prétendants à l'empire, commandant l'armée de Syrie et, d'après
l'inscription existante encore du temps de Spartien,3 il l'aida à contenir les troupes romaines

1 Un de nos collaborateurs et amis, M. le Dr. Wiedemanm, a fait allusion «à ces rois libres de la
Thébaïde dont l'existenee est mentionnée par un des Scripiores historiae Augustae» dans un article publié
dans le n° IV de la seconde année de la Bévue égypiologique (p. 34G et suiv.) sous le titre : «Les ostraca
de Karnak». M. Wiedemanx ajoute à ce propos une remarque intéressante : «Comme nous trouvons à Thèbes
»en plusieurs places, par exemple au temple de Thoutmès III, à Mêdinet-Habou, et dans les carrières au
mord du temple de Quouma, des inscriptions et des représentations dans le style méroïtique et que nous
»ne trouvons dans les environs de Thèbes, en dehors du grec et de l'égyptien, aucune autre langue que
»la langue éthiopienne, nous sommes amenés à la conclusion que cette troisième langue, ayant influé le
» grec de la Thébaïde, est l'éthiopico-méroïtique et que les noms des rois inconnus, qui pourraient se trouver
■■> dans les textes, sont ceux des rois de ce pays ayant occupé la Thébaïde. » M. Wiedemann croit avoir dé-
couvert, dans un ostraca lui appartenant, le nom d'un de ces rois éthiopico-méroïtiques (c'est-à-dire : blemmyes)
de l'époque romaine. Il croit aussi, nous venons de le voir, que dans les tessères grecques de cette période
beaucoup de mots éthiopiens et de formes éthiopiennes s'étaient introduits. Cette partie de la question ne
nous semble pas définitivement tranchée ; car aucun des ostraca de Thèbes entrés au Louvre, au British Muséum,
etc., n'a présenté de ces mots éthiopiens et de ces formes éthiopiennes, à ma connaissance du moins. J'au-
rais aussi bien des doutes sur certains monuments trouvés en Thébaïde que M. Wiedemann veut attribuer
aux rois méroïtiques et dont j'ai déjà parlé en publiant sa note dans la Revue. Les réflexions historiques
de M. Wiedemann n'en sont pas moins justes; et il faut garder bon souvenir des inscriptions méroïtiques
de Thèbes.

: Il faut noter ce titre de roi, rex, qui interdit de songer à l'empereur PJilaan, dont nous aurons à
parler. D'ailleurs tout nous prouve que depuis ce Psilaan aucun empereur romain n'a daigné commander des
inscriptions hiéroglyphiques, portant ses cartouches, et les titres égyptiens usurpés par le Blemmye. Decius
(postérieur à l'époque du roi thébain, mais antérieur à l'empereur Ptsilaan) est le dernier autocrator César
qui ait fait faire semblables travaux. Les inscriptions hiéroglyphiques cessent donc et nous ne trouvons plus
en égyptien que des inscriptions démotiques depuis Pâilaan, c'est-à-dire depuis les trente tyrans.

3 Domus ejus hodie visitur in campo Jovis, qua; appellatur Pescenniana : in qua simulacrum ejus in
trichoro constituit, statim post annum ex Thebaico marmore, quod ille ad similitudinem sui factum a rege
Tliebœorum acceperat. Exstat etiam epigranima gnecum, quod latine banc habet sententiam :

Terror Aegyptiaci Niger instat militis ingens.

Thebaidos socius, aurea secla volens.

Hune reges, hune gentes amant : hune aurea Eoma.

Hic Antoninis carus, et imperio.

Nigrum nomen habet, nigrum formavimus ipsi,

Ut consentirent forma metalla tibi.
Quos quidem versus Sevcras eradi noluit, quum hoc ci et prsefecti suggérèrent, et offleiorum magistri.
addens: «si talis fuit, sciant omnes qualem viccrimus; si talis non fuit, puteut omnes nos talem vicisse : imo
sic sit, quia fuit talis. » (JElii Spartiani Pescennius Niger, p. 32G, édition de la Kovièbe.)

Le même Spartien dans la vie de Sévère (ibkl., p. 320, col. 2) nous apprend que Sévère, qui avait
d'abord beaucoup ménagé son rival dont il gardait les fils avec les siens et qui avait laissé croire ses
bonnes intentions à son égard, envoya cependant, sans se découvrir encore, des légions en Afrique, de peur
de voir Pescennius l'envahir, par le côté de l'Egypte et de la Nubie, dont évidemment il était maître. « Ad
Orientis statum confirmandum profectus est, nihil autem de Nigro palam dicens. Ad Africain tamen legioncs
misit, ne per Libyam et Aegyptum Niger Africain occuparct ac E. P. penuria rei frumentariœ perurgeret. »
Sur ces entrefaites il alla à la rencontre de Pescennius Niger et de ses légions d'Antioche, les battit, tua
le prétendant, punit les habitants d'Antioche et de la Palestine de l'avoir appuyé, alla combattre aussi ses
alliés arabes etc. (campagne dont il a rapporté le surnom d'Arabicns, d'Abiadenicus, etc.) et se rendit pro-
bablement de là en Égypte où il resta assez longtemps (ibid., p. 320, 2° col. in fine, p. 322, 1"° col. (?). Il
parait que pendant toute cette expédition il fut très cruel. Mais nous n'avons pas d'autres détails.
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