Revue égyptologique — 14.1914

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Eugène Kevillout.

de rappeler que, d'après ces doctrines même, le kamets, l'hirik, le kibbuts, s'ils sont souvent
brefs, peuvent être longs, c'est-à-dire qu'ils peuvent échapper à l'application de la règle et
se trouver dans une syllabe ouverte avec ou sans accent tonique.

Si l'on veut donc apprécier l'influence que les gutturales peuvent exercer sur les voyelles,
qui exigeraient certaines conditions pour subsister avant les consonnes ordinaires, le mieux
est encore de porter toute son attention sur le patbah et sur le ségol.

A ce point de vue, les quatre aspirées, quand elles sont mues par des voyelles, se
classent autrement que quiescentes. Très près de l'aleph se range l'aïn, puis le hé et le hhcth.

1° L'aleph, non quiescent, pour soutenir le pathah qui le précède, a besoin d'être mû
par un scheva-pathah, et de même, pour soutenir le ségol, il a besoin d'être mû par un sekeva-
ségol. Par exemple, sur trentre-trois alephs non quiescents précédés de ségols, tant dans le
Lévitique que dans la Genèse, il n'en est pas un qui ne porte un scheva-ségol; sur cent
soixante et un alephs non quiescents précédés de pathahs dans ces deux livres (dont cent
quatre dans la Genèse), on n'en trouve que deux qui ne soient pas mûs par un scheva-
pathah; et encore ces deux exceptions tiennent-elles à la présence d'un mot qui fait excep-
tion à toutes les règles; le préfixe interrogatif !"ï (HÛ^H Genèse 42, 16; tygn Genèse 18, 23).

Pour ne pas confondre ce préfixe avec l'article il, qui a la même prononciation, la
même situation, la même consonne, alors qu'on lui donne le pathah, on lui refuse le daguesch,
qui en devrait être la conséquence, et le kamets de compensation lorsque le daguesch est
impossible. C'est ainsi que souvent en hébreu on individualise deux mots dont les consonnes
sont les mêmes, en les ponctuant différemment, et parfois l'un d'eux contre toutes les
règles.

Cette préoccupation de le distinguer de l'article a fait donner à l'affixe ,1 interrogatif
une constitution des plus anormales. On le trouve une fois isolé dans le Deutéronome, du
moins suivant l'édition d'Athias, conforme au texte des Soréens (nlirS rî Deutéronome 32,6).
Dans ce cas le hé porte un mappik et le pathah doit par conséquence se prononcer avant
l'aspiration, comme le fait un pathah furtif après une voyelle longue à la fin des mots. Il
n'est rien de pins irrégulier d'après les principes généraux de vocalisation hébraïque, et il
ne faut pas s'étonner après cela de voir le même mot conserver son pathah quand il devrait
le perdre.

Sauf donc, quand il est précédé de cet H interrogatif, l'aleph non quiescent ne supporte
pas avant lui de pathah, s'il n'est mû par un scheva-pathah; de ségol, s'il n'est mû par un
scheva-ségol. Cette remarque réduit à rien l'influence de l'aleph en tant que gutturale pou-
vant soutenir le pathah ou le ségol dans des conditions exceptionnelles. En effet, l'attraction
des schevas composés pour les voyelles similaires est telle qu'ils soutiennent ces voyelles
avant des consonnes ordinaires non dagueschées, lorsqu'ils se trouvent mouvoir de telles con-
sonnes (ex. : in^f^fll Juges 16, 16; ni^n Genèse 27, 38, etc.). C'est donc d'une manière
très indirecte que l'aleph influe sur le pathah ou le ségol qui le précède; comme aspirée, il
prend un scheva composé; mais c'est ce scheva composé qui supporte seul avant lui une
voyelle similaire. Il semblerait même, en ce qui touche particulièrement le ségol, qu'avant
l'aleph, l'accent tonique ne suffit plus pour soutenir cette voyelle, comme il suffit avant les
consonnes non*'' gutturales.
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