Revue égyptologique — 14.1914

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La bibliothèque du Sérapéum d'Alexandrie.

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LA BIBLIOTHÈQUE DU SÉRAPÉUM D'ALEXANDKIE.

PAR

Eugène Revillout.

Dans le chapitre 6 de mon roman «Quis est Deus», à propos d'une scène relative aux
prophéties que le chrétien Phihfhor fit au juif Gamaliel au Sérapéum même, je m'exprime
ainsi au sujet de ce sanctuaire :

«C'était une des merveilles de la splendide ville d'Alexandrie que ce temple, bâti par
Ptolémée, fils de Lagus, à la place d'une ancienne chapelle de la triade d'Osiris, Isis et
Horus. Il l'avait dédié au dieu de Siuope Sérapis, amené du Pont par ses ordres, et qui avait
été assimilé dès lors au dieu égyptien Osorapis, que les Grecs confondirent, comme Plutarque,
avec Osiris, en lui donnant Isis pour épouse. Au fond, il n'y avait aucun rapport entre Osor-
hapi ou Apis mort1 et le dieu sinopique Sérapis, ayant un boisseau sur la tête et une lance

1 Le bœuf Apis de Memphis et le bœuf Mnévis cHIéliopolis devenaient des Osiris après leur mort,
comme l'homme, justifié lui-même, et pourtant Apis était à Memphis une seconde vie, une incarnation de
Ptah, le dieu suprême. Ajoutons que, comme aux autres morts humains, on offrait h Osorhapi des bœufs
en sacrifice et que les proscynèmes sutentihotep faisaient mention de ces offrandes, qui n'étaient certaine-
ment pas destinées à la nourriture du bœuf Apis dans la vie d'outre-tombe. Il en était de ces dons en
pains, vins, oies, bœufs, etc., comme des pains de propitiation des Hébreux, qui, on L'a remarqué depuis
longtemps, ont beaucoup imité les rites des égyptiens, même pour La barque sacrée et portative des divi-
nités devenant L'arche d'alliance, pour les coutumes et les onctions sacerdotales ou les sacrifices, holocaustes,
libations, ablutions, etc.

Puisque nous parlons du Sérapéum d'Alexandrie, nous devons noter que c'est lui qui a donné en
grec le nom de Sérapéum, jusque dans les décrets trilingues, au temple d'Apis, même à Memphis, où le
Sérapis sinopique était inconnu. Ainsi que je L'ai démontré dans une note annexée à mon mémoire sur les
diverses promulgations du décret de Rosette (Journal asiatique, mars-avril 1910, p. 280), le nom égyptien

du Sérapéum vrai de Memphis était «sanctuaire r^—□) ^'installation d'Apis vivant» — l'ALIEION du
texte grec parallèle, rendu en démotique par «demeure (ast) d'Apis». Le Sérapéum îucmphite des papyrus
grecs des reclus et des jumelles, c'est-àrdire le bourg, décrit par Brunet de Presle dans son «Sérapéum»,
comprenait Vapeium (Vast d'Apis), les temples annexes de L'Anubéium, de L'Astartéium, etc., ainsi que les
rues, maisons, boutiques, auberges, bureaux administratifs et juridiques en dépendant et que concernent
un grand nombre de contrats et autres papyrus démotiques, récits de rêves faits dans le sanctuaire, etc.,
était appelé en démotique pa ast hapi «le bourg d'Osorhapi» et en grec le Sérapéum. Il était enfermé
dans une enceinte (sobt), analogue à celle qui entourait autrefois le quartier réservé de S4 Germain-des-Prés,
jouissant, comme lui, d'un certain droit d'asyle, et portait, comme d'ailleurs tous les autres sérapées, ainsi
que je l'ai démontré depuis longtemps Chrest., p. 398 et que l'a dit ensuite Britgsch, Dict. géogr., p. 958,
le nom de Tehen. Parmi les très nombreux Sérapées de ce genre, répandus sur l'Egypte entière dans,
à peu près, tous les nomes, à l'imitation de Memphis, dont c'était le culte principal depuis le plus ancien
empire, comme l'a dit d'ailleurs Manéthon et que l'attestent les monuments, je citerai celui d'Elhibôh ou
le Tehen de Teudjaï, dont nous possédons un nouveau cartulaire. Un contrat de l'an 21 do Psammétique,
que nous avons transcrit et traduit dans le dernier numéro, nous montre ainsi, sous le nom de Tehen ou
de Sérapéum, un ensemble fort analogue à celui que nous montrent, à Memphis, les papyrus grecs et les
contrats démotiques du Sérapéum. sous le même nom en égyptien. Les prêtres-prophètes et pères divins
du temple d'Amon de ce Tehen ou Sérapéum de Teudjaï y cèdent à un divin-père «cette place du sanctuaire
du temple d'Amon du Tehen qui a : à son sud, le temple do Maut, à son nord, le bureau de perception du
temple, à son occident, la tour de choiak, à son orient, les maisons du temple d'Amon du Tehen». Le
temple de Maut était ici, comme le temple d'Amon, une dépendance du Sérapéum ou Tehen de Teudjaï
dont le dieu principal était Hor ou Horâefi, seigneur d'Héracléopolis — comme le temple d'Imhotep se Ptah,
par exemple, était une dépendance du Sérapéum ou Tehen de Memphis, dont le dieu principal était Ptah.
Dans un contrat memphite, parlant d'une maison de 70 coudées, du sud au nord, sur 45 coudées, de l'ouest
à l'est, maison sise dans le Sérapéum ou Tehen de la terre de vie, à la porte de l'enceinte de ce Sérapéum

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