Revue égyptologique — 14.1914

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Eugène Revillout.

Or, il faut remarquer que cette lettre répondant au J hiéroglyphique et au h dé-
motique (homophone de ®), que nous avons trouvé dans nos papyrus à transcriptions, ne
se rencontre jamais en thébain et dans les dialectes analogues les plus anciennement écrits
dans les manuscrits que nous possédons et dont beaucoup sont antérieurs à S' Mesrob ou
contemporains. En thébain on n'a conservé qu'une seule aspirée, l'aspirée douce, provenant
de ?. ou >= = 8 et répondant au hori (o). Les inscriptions et les textes, même prove-

dire, de tout le cours du Nil depuis le haut jusqu'en bas, n'ont que cette lettre jusqu'à la
conquête musulmane. C'est seulement après cette conquête, lorsque les patriarches mono-
physites ont quitté Alexandrie pour venir s'établir au Caire ou Babylone, c'est-à-dire à l'an-
cienne Memphis, que l'on constate, dans cette Memphis, un nouveau dialecte, autrefois appelé
memphitique, nom auquel on a été obligé de renoncer depuis ma découverte et ma publi-
cation partielle du cartulaire de S' Jérémie de Memphis, écrit en thébain; dialecte que nous
nommerons dorénavant alexandrin.

Jusque-là, la langue de la liturgie patriarcale était le grec et les patriarches — y com-
pris Dioscore — ne savaient souvent pas le copte. La seule liturgie, écrite en copte, était
celle de la Haute Égypte, dont les évêques ne connaissaient même pas le grec et elle était
en thébain. Quand, après les capitulations, favorables aux coptes monophysites, leurs pa-
triarches renoncèrent à Alexandrie, où siégeait encore le chalcédonien et qui était restée en
rapports constants avec la chalcédonienne Byzance, pour venir séjourner dans le centre même
du nouveau gouvernement, ils jugèrent opportun d'abandonner aussi la liturgie grecque et
de la faire traduire en copte. Or, ce copte fut naturellement celui qu'ils avaient entendu
parler à Alexandrie dont ils sortaient par les commerçants, etc.1 Ce dialecte, jusque-là
uniquement civil, devint donc la langue sacrée des patriarches, le nouveau memphitique,
c'est à-dire l'ancien alexandrin, auquel, dès le 5e siècle, S' Mesrob, en débarquant, avait em-
prunté les lettres égyptiennes qu'il introduisit dans l'alphabet arménien.

Le dialecte alexandrin, en usage dans une région tout-à-fait à part, était fort différent
pour la phonétique, etc., du dialecte, qui, avec quelques légères distinctions, se paillait sur
le cours ordinaire du Nil depuis le haut jusqu'en bas. Les coptes, ne disaient-ils pas : « sortir
d'Egypte, pour aller à Bacoti»? Ce dialecte avait conservé les aspirées dures qu'avaient
abandonnées par simplification les auteurs de l'alphabet copte chrétien du cours du Nil. Il
avait conservé aussi certaines expressions païennes systématiquement délaissées par les très
chrétiens thébains — fort ennemis des païens sous tous les aspects. Je citerai l'expression
neb ^ = 1 /( = «seigneur», qu'on rencontrait sans cesse dans les hymnes païens et
que les chrétiens thébains supprimèrent partout, en la remplaçant par l'expression tes

ainsi dans les textes bibliques avec dominus ou xupioç). Il en prit l'acception spéciale.

En alexandrin, le mot mife subsista, au contraire, toujours et il se retrouve dans tous les

nant de la Basse Égypte, des environs de Memphis ou de Memphis même, ou, pour mieux

élevé, scoeic, venant de scici dominus (x,upioç). Tes signifiant altissimus, s'échange

1 Voir pour toute cette question historique, (lu transfert du patriarche copte d'Alexandrie à Babylone
(vieux Caire), un article que j'ai publié dans la Bévue l'Intermédiaire des curieux, tome LXI, p. 395 à 402.
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