Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1920

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cinq figures, qui ajoutent encore au symbolisme si com-
pliqué de l’œuvre. Y en a-t-il eu d’autres? De tels con-
tours sont si légers, si voilés, qu’ils ont pu disparaître
sous quelque nettoyage, même discret, au cours de plus
de quatre siècles, comme ceux qui restent ont échappé
aux exégètes les plus patients de cette « istoria », Schle-
gel, Knapp, Thode, Paul Kristeller et Richard Fôrster.

Il semble qu’un drame aérien commente là-haut le
combat qui se livre sur terre entre le marécage où crou-
pissaient les vices et le portique de verdure d’où s’élance
Minerve doryphore et casquée. Le programme de la
« Psychomachie », qui est le sujet du tableau, est certai-
nement de l’invention d’Isabelle d’Este, qui a commandé
celui-ci, et de son humaniste attitré, Paride da Ceresara.
Mais ce que nous savons de leurs goûts, tournés encore
vers l’allégorie du moyen âge, et de ceux de Mantegna,
tout imprégné de l’antiquité, ami des professeurs de
l’Université de Padoue, archéologue, épigraphiste, numis-
mate, possédant ses poètes latins, amène à penser qu’il a
spontanément créé ce petit mythe aérien, qui personnifie
la vie des choses, le mouvement de l’air et des nuages. Il
a pu même garder secrète cette fantaisie panthéiste : ni
les textes contemporains, publiés par d’Arco, Yriarte,
Baschet, ni Vasari, pourtant si friand de ces « curiosités »,
n’en font mention.

Est-ce la seule fois que l’esprit inquiet et tendu de
Mantegna, toujours obsédé d’intentions, traite ainsi le
nuage? Il n’est pas douteux que dans la Caméra degli
sposi, au Cartello de Mantoue, le ciel d’illusion qui se
découpe dans l’ouverture circulaire de la coupole con-
tient une petite nuée du même genre, à figure d’adoles-
cent gonflée d’air. Ce souci d’animer l’espace aérien cor-
respondait bien à l’idée qui préside à toute la décoration :
susciter la vie et la gaieté des choses, des jardins, des
paysages, des animaux, des sites et des cités, de toute
l’existence princière, autour de la famille des Gonzague.
Parmi les compositions religieuses je ne signale que pour
mémoire la Madone et l’Enfant accompagnés de quatre
saints, de la collection du prince Trivulzio à Milan. Cer-
tains angelots, à gauche de la Madone, ont pour enveloppe
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