Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 20.1879

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130 GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

son aîné, et tout d'abord n'a pas le même attrait de jeunesse. — Le su-
perbe dessin du Mariage, de la suite des Sept Sacrements, prêté par
M. Dumesnil, et complètement différent, comme disposition, des deux
acquis par M. de La Salle et donnés par lui à la salle des boîtes au Louvre,
est du plus beau temps du Poussin; la tête n'a jamais été plus forte,
mais on sent que le tremblement approche. —- La Sainte Famille, «pre-
mière pensée du tableau, fait en 16/i9 pour M. Pointel, et que Felibien
désigne ainsi : « un tableau d'une vierge qu'on appelle des dix figures »,
est, elle aussi, un dessin de maturité complète. « La main tremblante, »
dont le pauvre Nicolas se plaignait dès 16A2, n'obéit plus qu'avec peine
et résistance ; il y a là des têtes qui manquent de légèreté, mais l'ordon-
nance est de la plus sévère beauté et de la plus savante pondération. —
Vous connaissez bien au Louvre ce dessin capital du Poussin qui repré-
sente le jugement de Salomon. Notre musée en possède encore dans ses
cartons une autre idée un peu moins importante, mutilée par le temps,
et où manque la figure du jeune roi. M. Armand a acquis, à la vente de
Guichardot, une troisième composition des plus intéressantes, la première
en date peut-être, non moins grande de caractère malgré la défaillance de
la main, et où se trouvent déjà les grands mouvements des figures princi-
pales. Cette première pensée offre toutefois une singularité bizarre qu'il
est impossible de ne pas noter, surtout quand elle est née comme in-
stinctivement dans le cerveau si réglé du Poussin. 11 est vrai de dire que
cet esprit sage, qui avait pour devise : « Le jugement partout », n'a
pas osé et ne pouvait maintenir une telle vision dans son tableau défini-
tif. Le Salomon, dans le dessin dont nous parlons, est d'une proportion
double des autres personnages et, dans son attitude hiératique, produit
l'effet surnaturel de ces christs gigantesques que le Poussin voyait
tous les jours à Rome dans les mosaïques byzantines des premiers
âges chrétiens.

| 11 nous reste à signaler les trois études de paysage que M. Reiset
avait recueillies; ce sont bien les sœurs de celles que l'on admire au
Louvre, et mieux conservées encore, car elles ont été moins livrées à la
lumière du soleil qui, au bout d'un temps, dévore les bistres les plus
vigoureux. Or la franchise du bistre est l'un des charmes des dessins du
Poussin. — On doit croire que cette suite d'études intimes d'après nature,
exécutée vivement, gaiement, d'une main libre et sûre, doit remonter
à la fin de la jeunesse du maître, bien que ce grand homme ait consulté
avec la même ardeur la nature toute sa vie, et ait pu, jusque dans ses
derniers jours, se vanter à Vigneul deMarville de n'avoir «rien négligé ».
Le n° Zi3S de notre Exposition, qui semblerait, par le clocher pointu
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