Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 20.1879

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MUNICH

ET L'EXPOSITION ALLEMANDE

on cher directeur et ami, c'est bien une ville de peintres que Munich;
elle regorge de marchands de tableaux, et, non contentes de l'exposition
du Palais de Verre, les Sociétés d'artistes y entretiennent deux autres
expositions, la première sous les arcades du Jardin du palais, et la
seconde dans le temple grec qui fait face à celui qu'on appelle la Glyptothèque, de
sorte que cette cité a de quoi occuper un critique d'art.

Il y a deux Munich, l'ancien et le nouveau ; l'ancien est plein d'un étourdissant
rococo, à travers lequel on a cherché à raviver un peu de moyen âge; le second est
une ville créée par l'érudition, armée d'un terrible compas.

Je crois qu'il faut bien concevoir les joies qu'éprouva l'Érudition à la fin du
xvine siècle et au début du xixe, lorsqu'elle sentit qu'elle commençait à voir clair
dans les choses de l'histoire et de l'archéologie, qu'elle comprenait et le sens et les
formes de l'antiquité, du moyen âge et de la Renaissance. Naturellement, le temps où
elle vivait, le xvnr et le xix.0 siècle, n'ayant rien d'archaïque, ne comptaient pas et
ne méritaient aucun intérêt. Elle voulut réaliser son savoir, se montrer à elle-même les
richesses qu'elle possédait, et elle décréta qu'elle bâtirait une ville où, de Phidias à
Michel-Ange, elle referait un spécimen de tout ce qu'avaient fait les âges précédents.
Elle rencontra un jeune prince, aimable et beau, artiste et poète, aux yeux vifs, avec
une jolie moustache et une jolie barbiche. C'était le roi Louis; ils s'éprirent l'un de
l'autre, et de leur union sortit le nouveau Munich grec, pompéien, byzantin, gothique,
florentin et anglais, où, devant les propylées athéniennes, les basiliques orientales,
les palais quatrocentistes, passent des tramways, des fiacres, et se dressent des kiosques
à journaux avec d'autres kiosques destinés à des usages moins intellectuels.

Vous me pardonnerez, n'est-il point vrai, de me laisser entraîner à la fable et à
l'allégorie dans ce milieu de fresques et de sculptures symboliques, allégoriques, phi-
losophiques.

Au premier abord, en voyant parmi les fresques de la Nouvelle-Pinacothèque, celle
qui représente la fonte de la Bavaria, je crus assister à une scène qui représentait
la résurrection de l'Érudition. Elle sortait des régions inférieures où elle avait été
enterrée durant des siècles, et de sa grosse tête minervienne, que savants et artistes
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