Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 20.1879

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REMARQUES A PROPOS DE L'ART ÉGYPTIEN.

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une des grandes difficultés de l'art. Le cas complique l'analyse de
l'artiste.

Il y a dans le corps de l'être animé un enchaînement de rapports, un
accord de lignes, de formes qui s'appellent harmoniquement les unes
les autres, et même nécessairement. Aussi, lorsque l'esprit, habitué à
leur impression, dessine telle de ces formes, il en évoque telle autre qui
suit la première, sans qu'il ait besoin de revenir à l'examen de l'être à
figurer (je parle du gros, bien entendu) ; de même que si l'on trace un
angle, il devient facile d'établir le triangle, le carré, etc. La draperie a,
elle aussi, des lois de disposition qui engendrent ses formes et ses
mouvements, les unes concourant avec celles du corps, les autres tout
à fait différentes. L'esprit de l'artiste a donc double charge d'analyse à
porter quand il exécute un corps drapé. Lorsqu'un peuple ou un indi-
vidu tient dans son entendement la faculté de suivre cette double ana-
lyse, l'art parvient à toute son extension.

La sculpture égyptienne s'est beaucoup trop cantonnée dans le nu,
par impuissance et non par préférence. Les impuissances respectives de
la statuaire et du bas-relief marchent parallèles en Egypte et aussi en
Assyrie. Le bas-relief, qui ne pouvait exécuter certaines choses dont se
jouait la statuaire, en réalise d'autres que celle-ci n'aborde pas. Sur les
sarcophages apparaissent souvent gravées les déesses aux grandes ailes,
Isis et Nephtys; mais la statuaire n'a point représenté de personnages
ailés, quoiqu'elle ait figuré des oiseaux. En ce dernier cas, l'aile étendue
rentrait, par sa conformation plate, dans les conditions du bas-relief.
Chez les Assyriens, les divinités à quatre ailes ne se montrent qu'en bas-
relief, et c'est en les relevant, appliquées en bas-relief, que les sculpteurs
exécutent les ailes des grands taureaux à tête humaine. Il y a, dans ces
taureaux, un curieux mélange de haut et de bas-relief.

L'Egypte donne des exemples, dès la XIIe dynastie, de ce système de
rendu, où la timidité ne saurait aller plus loin. Elle adosse des person-
nages cle relief demi-haut, demi-bas, à des soutiens carrés où leurs
flancs, les parties latérales de leurs membres, ne se détachent qu'en
relief très plat, très bas. Le colosse de Séti II en montre un exemple.
C'est le système assyrien. Les étouffeurs de lions, moitié de face, moitié
de profil, présentent ce mélange de haut et bas-relief. Quant aux tau-
reaux, leur tête, leur poitrine sont taillées selon l'épaisseur intrinsèque
de la forme ; mais leurs flancs s'aplatissent bien davantage, surtout à
leur partie supérieure. Une bizarre illusion d'exactitude a fait reproduire,
dans ce profil des flancs, la quatrième patte de l'animal, déjà figurée sur
sa face, ce qui fait que le taureau a cinq pattes.

XX. — -e PERIODE, 41
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