Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 20.1879

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418 GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

de Philippe IV. Cette princesse, qui fut mariée à Ferdinand, roi de
Hongrie, et la même dont le prince de Galles avait si inutilement sollicité
la main, se rencontra à Naples avec Yelazquez vers la fin de l'an-
née 1630.

Il est cinstant que l'artiste fit à ce moment le portrait de la nouvelle
reine, allant en Hongrie rejoindre son époux. Est-ce ce même portrait qui
se retrouve aujourd'hui à Madrid? Nous le croyons d'autant moins que,
par son exécution encore un peu mince et lisse, patiente et très fondue,
cette peinture se rattache évidemment aux méthodes impersonnelles et
relativement timides de 1625 et n'offre rien de la manière délibérée que
Yelazquez inaugura précisément en 1630 durant son séjour à Rome.

En 1627, Philippe IV voulant perpétuer le souvenir de l'édit par
lequel son père Philippe III avait ordonné l'expulsion en masse des der-
niers descendants des Maures, ouvrit entre les peintres de sa chambre
une sorte de concours. Vicente Garducho, Eugenio Gajesi, Angelo Nardi
et Velazquez reçurent l'ordre de peindre, chacun de son côté, une com-
position destinée à glorifier un acte de fanatisme qui, d'après quelques
historiens, avait privé d'un seul coup l'Espagne de plus de huit cent
mille de ses sujets '.

Une charge d'huissier de la chambre royale devait être la récompense
du vainqueur. Deux artistes, jouissant d'une grande autorité à la cour,
fray Juan-Bautista Mayno et le marquis Grescenzi, le premier élève du
Greco et peintre du roi, dont il avait été le maître de dessin, le second
peintre et architecte et l'auteur du Panthéon des rois à l'Escurial, avaient
été désignés comme juges de ce concours.

Velazquez l'emporta sur ses rivaux. Il entra en possession de la charge
d'huissier de la chambre, et son tableau fut placé, par ordre de Philippe,
dans le grand salon du Palais2. Jusqu'en 1700. on le trouve mentionné

\. Philippe IV n'était pas le seul à envisager avec admiration la résolution à la fois
cruelle et impolitique qu'avait prise son père d'expulser les Morisques. Le peuple
espagnol partageait ses sentiments. Lope de Vega s'en fait l'écho dans sa Corona tra-
gica, imprimée à Madrid l'année même où Velazquez exécutait son tableau allégo-
rique, et Cervantès se montre particulièrement implacable contre ces malheureux con-
vertis dont la présence en Espagne est, à ses yeux, celle de l'ennemi dans la place. Il
les accuse de favoriser les continuels débarquements des Turcs sur les côtes espa-
gnoles, de conspirer et d'appeler la guerre à l'intérieur, jusqu'au jour, impatiemment
attendu par eux, où leurs frères d'Afrique, traversant une seconde fois le détroit, vien-
dront de nouveau, en vainqueurs, arborer le croissant sur les palais et les mosquées
d'Andalousie. (V. passim Don Quichotte, et principalement le Dialogue des Chiens.)

2. Velazquez conserva cette charge jusqu'au 23 février 4634. A cette date, il la
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