La chronique des arts et de la curiosité — 1921

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N° 2. — 1921.

BOREAUX! I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

31 janvier.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Numéro : i franc

PROPOS DU JOUR

L’ex-impératrice Eugénie a légué au
Musée Carnavalet un fort beau joyau qui
lui avait été offert par la ville de Paris.
On ne peut être que reconnaissant d’une
disposition qui fait entrer dans les collections
municipales un objet d’intérêt évident, très carac-
téristique aussi de l’art du joaillier au plus beau
moment du second empire.

Mais voici qu’un conseiller municipal, dans
son enthousiasme, a émis une idée infiniment
singulière: la Ville de Paris devrait faire repro-
duire ce bijou en un exact fac-similé, dont il
serait fait hommage aux souverains étrangers visi-
tant la capitale !

Cet encouragement au pastiche le plus avéré
surprend d’autant plus, de la part d’un membre
de l’assemblée municipale, que la ville se prépare
à réformer ses écoles professionnelles d’art déco-
ratif et, par conséquent, à faire de sérieux sacri-
fices en faveur de nos industries artistiques et de
leur développement. Nous parlions ici même,
tout récemment, des importants projets dévelop-
pés à ce propos par M. A. Deville, projets qui
indiquent des tendances nouvelles et dignes d’élo-
ges, une compréhension, adéquate aux nécessités
de notre temps, de la valeur économique des arts
appliqués.

Or, s’il est pour ces derniers une cause de
décadence — en même temps qu’une raison cer-
taine d’abaissement technique — c’est dans l’in-
croyable abus du pastiche qu’il faut la chercher.

' C’est presque exclusivement à l’incessant plagiat
des styles du passé que l’on doit s’en prendre si
nos industries d’art ont beaucoup perdu de leur
valeur et de leur prestige, et si nos décorateurs
modernes ont tant de peine à reprendre pied en
un courant plein d’embûches et de bas-fonds.

On condamnera donc comme une très déplo-
rable initiative un vœu intempestif qui équivaut

à une tentative d’encouragement à l’usage néfaste
du pastiche.

Usage fort répandu, au surplus et bien dange-
reux par cela même. On en pourrait citer cons-
tamment des exemples indiquant un goût immo-
déré du moindre effort, d’où l’abandon généralisé
de la recherche originale, de l’esprit primesautier
qui firent la grandeur de notre art décoratif. Voici
un de ces exemples, et tout récent: une riche et
bienveillante Américaine se propose d’édifier un
institut français à San-Francisco. Ne se glorifie-
t-on pas du fait qu’il sera logé en un édifice
« copie du palais de la Légion d’honneur à
Paris » ? Eh ! bien, nous le regrettons sincère-
ment. En pareille circonstance, fart français
devrait -se révéler autrement que par une copie-
— quelque soit au surplus la valeur du modèle
copié; comment cet art sera-t-il vivifié s’il perd
de pareilles occasions de créer?

Sans doute, compte-t-on utiliser à San-Fran-
cisco le pavillon qui avait été bâti en cette ville
pour l’exposition universelle et qui représentait
précisément l’ancien hôtel de Salin, aujourd'hui
de la Légion d’honneur. Mais c’était déjà une
erreur, et fort grave, que ce pastiche, qui ne
pouvait trouver d’excuse dans le fait qu’il
s’agissait d’une exposition universelle et dans
cette raison que l’on était en guerre. Si remar-
quables que soient les originaux qu’on prétend
offrir, en copies plus ou moins soignées, au regard
des étrangers, il reste que la routine reçoit par là
une sorte de consécration et que la force créatrice
se perd faute d’occasions importantes de se mani-
fester.

Ce ravissant hôtel de Salm ! Nous en avions
déjà, aux environs de Paris, une copie grossie
aux prétentions d’une vaste bâtisse. On va le
revoir, sur une autre échelle, aux bords du Paci-
fique. Que pourrait-on bien en faire encore?
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