La chronique des arts et de la curiosité — 1921

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N° 21.

1921.

bureaux: io6, boulevard saint-germain (6e)

31 décembre.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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PROPOS DU JOUR

Lorsque, après l’adoption des lois de sépa-
ration, le séminaire de Saint-Sulpice eut
été désaffecté, on décida d’attribuer ce
vaste ensemble de bâtiments au Musée
du Luxembourg. Ce fut un grand enthousiasme.
Notre musée d’art moderne prit possession d’une
partie des locaux; on crut un instant qu’il aban-
donnerait enfin sa misérable condition actuelle,
non pour une installation idéale à la vérité, mais
au moins pour un aménagement de belle ampleur,
permettant de mettre sous les yeux du public
toutes les collections, d’instaurer le système
d’expositions permanentes ou périodiques qui
devrait être la principale mission du musée.
Malheureusement, on s’aperçut peu à peu qu’il
n’était pas aisé de tirer de l’édifice le parti qu’il
fallait. Le projet, sans qu’on sache bien les raisons
invoquées, sans qu’une discussion publique soit
intervenue, fut jugé avec sévérité, puis aban-
donné, et c’est ainsi q.u’on a laissé aux adminis-
trations de l’Etat, sorte de lèpre qui s’étend
insidieusement sur Paris tout entier, des cons-
tructions dont il est évident que l’on aurait pu
faire quelque chose à défaut du musée neuf,
légèrement chimérique. Les Sulpiciens, du reste,
demandent à rentrer en possession, par voie
d’échange, de leur ancien séminaire, mais cela
est, pour le moment, en dehors de la question.

Or voici qu’un processus analogue s’instaure
pour le même objet. Une autre maison religieuse
désaffectée l’ancien couvent du Sacré-Cœur
— partiellement occupée aussi par nos collections
modernes — le musée Rodin — semble conve-
nir pour le Luxembourg, et l’on parle déjà avec
attendrissement du transfert.

Eh ! bien, non, il ne nous semble pas utile de
recommencer cette histoire. Les bâtiments annexes
du Sacré-Cœur feront encore bien moins l’affaire
que le séminaire de Samt-Sulpice, dont ils

n’auront en tous cas pas les dimensions. L’éloi-
gnement du centre n’est qu’une objection très
secondaire, tandis qu’il y a de bonnes raisons
pour que le musée Rodin soit incorporé aux
autres séries modernes dont il dépend adminis-
trativement. Mais il est une objection fondamen-
tale, c’est que l’on fera de grands frais d’aména-
gement des locaux, de transport et d’installation
pour quelque chose de précaire, de peu satis-
faisant. Ce sera le provisoire assuré pour un long
bail. Provisoire pour provisoire, gardons la
pauvre orangerie du Luxembourg, qui est au
moins à portée de tout le monde et qui, peut-être,
finira par nous faire tellement honte que l’on se
décidera tout à coup un jour à construire.

Ne l’oublions pas : Paris ne possède pas un
musée convenable. Tous sont logés dans des
édifices qui n’ont point été faits pour cela. Quelque
bâtiment public est-il vide ? Vite on le propose
pour un musée — et c’est bien une des meilleures
preuves de notre peu de respect pour l’art. On
fait des phrases, on se montre vain de collections
certes admirables en soi, et on laisse végéter
celles-ci dans des édifices où rien ne se prête à
leur exhibition, et surtout pas la lumière qui est,
pourtant, la condition essentielle. Le Louvre a
beau être le Louvre; avec tout ce qu’il comporte
de beauté propre et de souvenirs, ce pitoyable
musée ne possède pas une salle propice.

. Revenons au Luxembourg, musée moderne.
A ce titre, et puisqu’il doit être de très particu-
lier enseignement, de constant exemple, puisqu’on
devrait pouvoir y suivre, au jour le jour, les
pulsations de notre art jusqu’à ce que le triage se
fasse avec les glorifications et les évictions
inspirées par l’étude et la prudence, à ce
titre le Luxembourg devrait être considéré avec
une dilection particulière. N’aurons-nous pas un
jour quelque ministre qui le comprenne et qui
désire-attacher son nom à l’édification du musée
moderne que les autres grandes capitales, possè-
dent toutes ?
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