La chronique des arts et de la curiosité — 1921

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N° io. — 1921.

BUREAUX: I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

3 imai.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Numéro : i franc

PROPOS DU JOUR

La question des monuments commémoratifs
de la guerre, et des «'monuments aux
morts » en particulier, prend des propor-
tions véritablement graves. Nous en avons
déjà entretenu plus d’une fois nos lecteurs —
dans notre dernier numéro même, à propos du
monument de la Défense de Paris; mais il est
impossible de ne pas être préoccupé de la multi-
plicité de ces mémoriaux, trop fréquemment sans
valeur artistique, et des procédés bizarres qu’em-
ploient souvent les organisateurs de concours.
Sans parler de l’atteinte portée à la moralité
publique, les intérêts de Part et des artistes sont
lésés par des pratiques si fâcheuses, et ceux du
public aussi, du public qui, en somme, paye tout
cela et qui est forcé d’avoir sous les yeux les
productions plus ou moins médiocres - si ce
n’est pires — qu’on lui impose.

Une série de faits tout récents nous révèlent
que dans une commune des environs de Paris
la commande est passée à un candidat, person-
nage notable de l’endroit, qui, au mépris du
règlement du concours, n’a pas respecté la clause
d’anonymat et s’est borné à remettre un petit
croquis au lieu de la maquette exigée. Ailleurs,
c’est une municipalité qui, entre les deux degrés
du concours, modifie l’emplacement prévu ;
ailleurs encore, on réclame après coup l’adjonc-
tion d’un bas-relief. Un peu partout, des maires
ou des présidents de comités, circonvenus parles
commis-voyageurs en marbrerie, adoptent les
plus lamentables effigies, sans souci de les voir
multipliées à travers la France entière : ils ont le
choix, et toutes sortes de « facilités » parmi des
modèles qui s’augmentent ou se réduisent, en
dimensions, en personnages ou en accessoires,
selon les ressources que l’on entend consacrer à
honorer ses morts.

Mieux encore. Tel maire de Bretagne dispo-

sant des catalogues des entrepreneurs de monu-
ments funéraires, mais soucieux de faire travailler
un artiste du pays, voudrait lui imposer la copie
d’un de ce s types banals, plus ou moins pastiche
lui-même de monuments connus!

Se rend-on bien compte de l’innombrable
quantité de laideurs, de tristes banalités à tout le
moins, qui vont se répandre ainsi, et, chose la
plus fâcheuse, au nom d’un sentiment parfaite-
ment respectable et digne? On avait essayé de
constituer des commissions départementales aux-
quelles tous projets de monuments relatifs à la
guerre devraient être soumis. Les communes y
consentaient pour obtenir une subvention; quant
à la valeur artistique de l’œuvre projetée, elles
entendaient en rester seules juges, et l’on a vu
ce spectacle étrange de maires déniant à la pré-
fecture un droit qu’ils taxaient d’arbitraire et
d’illégalité. Nous croyons que les préfets ont cédé
dans bien des cas. Est-ce pour rehausser le pres-
tige de l’administration ?

Du reste, ne craignons pas de le dire, bien des
mauvais exemples —au point de vue artistique —
viennent de Paris. Voici le plus récent monu-
ment inauguré : les tables commémoratives des
agents du chemin de fer du Nord dans la salle
des pas-perdus de la gare du Nord. On n’a rien
imaginé de mieux que d’entourer un gros pilier
métallique, type de construction bien moderne
par conséquent, d’un édicule à quatre faces en
forme de tombeau antique. Au collège Chaptal,
on s’est borné, pour honorer les noms des
« chaptaliens » morts pour la patrie, à acheter
une reproduction de la figure de la Jeunesse de
Chapu qui orne le monument d’Henri Régnault
et à l’adapter par à peu près à sa destination
nouvelle; alors qu’à l’Ecole des beaux-arts, elle
se dresse pour poser un laurier au pied du buste
qui couronne le cippe, au collège elle tend ce
rameau vers un texte gravé, et ce n’est pas du
tout la même chose. Combien d’autres exemples
pourrait-on citer de pareilles erreurs ?
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