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N» 3.

1921.

BUREAUX! I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

15 février.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

SUPPLÉMENT A LA GAZETTE DES BEAUX-ARTS
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Le Numéro : i franc

PROPOS DU JOUR

La journée de la Mi-Carême s’approche
tout doucement, et déjà l’on a parlé, en
des communiqués suggestifs, des projets
du « Comité des fêtes de Paris ». Ce
comité lui-même a été refondu et rénové, pourvu
d’un nouveau président qui est un artiste, et doté
par la Ville d’une subvention de 25.000 francs.

On nous permettra de pousser un léger cri
d’alarme, justifié par des antécédents déplorables
en matière d’art et par les tentatives esquissées
l’an dernier. Déjà l’on avait un comité nouveau,
il s’agissait de réalisations bien différentes des
coutumières et lamentables cavalcades, d’un
esprit inédit, de tout un programme de fêtes
parisiennes... Qu’en est-il résulté? rien. Le cor-
tège de la Mi-Carême resta égal à lui-même,
c’est-à-dire de la plus plate banalité, du plus
complet mauvais goût. On vit, selon la coutume,
les festivités annoncées par une sorte de héraut
moyenâgeux, .avant-propos infiniment médiocre
lui-même et d’un anachronisme fâcheux; on vit
des chars et des masques, des « reines », à la
vérité gracieuses, un rituel désuet qui ne peut
figurer une véritable réjouissance populaire.
Représente-t-il l’esprit et l’art de Paris? En
toute franchise, il est injurieux de le demander.
. Que des fêtes publiques soient l’ornement
nécessaire d’une grande cité, nul n’y contredira.
Nous pensons qu’elles pourraient être fort belles
avec le cadre de Paris, les moyens et l’habileté
des Parisiens, leur facilité d’improvisation si
appréciable en pareille circonstance. Mais n’est-
on point lassé de mascarades sans portée ? Et
pourquoi ne sont-elles pas de caractère plus
relevé? C’est que les petits groupes voués à leur
organisation n’étaient, ne sont pas préparés à
une besogne moins vulgaire, ils ne disposent pas
de gens de goût et de personnalités capables
d’envisager autre chose.

Sans doute, la question d’argent joue un rôle
considérable dans l’affaire. Faute de ressources,
on en vient à mêler la publicité à la fête, et
l’effort d’art s’en ressent. Ce n’est évidemment
pas avec 25.000 francs que l’on peut, aujour-
d’hui, organiser une grande cavalcade et la faire
circuler à travers Paris. II y aurait donc à envi-
sager, croyons-nous, une refonte complète du
système en vigueur jusqu’ici pour les fêtes tradi-
tionnelles parisiennes, cela aussi bien au point de
vue du personnel dirigeant qu’au point de vue
financier. Il faudrait s’y prendre dès maintenant
pour l’an prochain, créer une commission d’artis-
tes, puis une commission de gens d’affaires uni-
quement appelés à étudier là question de réalisa-
tion materielle. Il s’est créé une Fédération des
sociétés d’art appliqué: ne pourrait-elle (car il
s’agit au premier chef d’art appliqué et même
d’une des plus importantes questions qui' puis-
sent se poser dans ce domaine) prendre la direc-
tion du mouvement ? A son défaut, d’autres
groupements artistiques ne s’en chargeraient-ils
pas ?

En tout état de cause, il faudrait désormais
modifier la conception que l’on s’est faite de la
Mi-Carême; concentrer tout l’effort sur cette
solennité qui, se déroulant à Paris, devrait avoir
un bien autre prestige, et — conclusion peut-
être rigoureuse, mais nécessaire — renoncer à
la fête si l’on ne peut en faire une manifestation
vraiment intéressante.

Ce qui précède était composé quand nous avons
eu connaissance de projets de chars, préparés par
les élèves de l’Ecole des Beaux-Arts et publiés
dans divers journaux. Ces reproductions sont
trop insuffisantes pour permettre d’apprécier
complètement les compositions ; du moins peut-
on s’étonner déjà de voir certains sujets simple-
ment empruntés au récent carnaval de Nice.
Ce n’est pas là de l’originalité, et nous craignons
bien que le cortège de la mi-carême parisienne
continue à être fort quelconque.
 
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