La chronique des arts et de la curiosité — 1921

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N° 15. — 1921.

BUREAUX! I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6 e)

30 septembre.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITE

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PROPOS DU JOUR

On parle depuis quelque temps du « Salon
unique » et, certes, à première vue,
cette idée de grouper les grandes
expositions annuelles en une seule, de
mettre fin à la multiplicité des manifestations, a
quelque chose de séduisant : on sent fort bien
'qu’en réunissant « les trois Salons » (car on ne
parle pas dès Indépendants, qui ont pourtant
conquis leur droit de cité et dont l’existence est
indispensable à notre vitalité artistique), on
réduira du même coup le nombre des exposants,
d’où amélioration nécessaire de la qualité. Et si
cette grande réforme a pour corollaire la suppres-
sion des récompenses, institution néfaste et
surannée, il est évident qu’elle apparaîtra comme
un bienfait.

Seulement, si l’on se place au point de vue
général de l’art, qui seul importe, les objections
naissent et se fortifient. Assurément, l’on ne
conçoit plus la séparation des Artistes français et
de la Nationale, cette dernière s’étant peu à peu
rapprochée des tendances dont elle se sépara jadis
avec éclat. Il y a quelque chose de ridicule —
tranchons le mot — à voir ces deux expositions
occuper simultanément le même palais, avec
deux administrations, deux guichets, deux, cata-
logues différents, sans qu’on aperçoive désormais
une ligne de démarcation entre les œuvres, ex-
posées. Il y en a de bonnes ici et là, de même
que de très mauvaises; la différence véritable est
que les Artistes français ont conservé le prestige,
qu’ils sont toujours « le Salon », seul visité par
le grand public.

Réunissez ces deux groupements : ce serait
une solution raisonnable, et peut-être nécessaire,
profitez-en pour mettre un terme à la comédie
des récompenses et à l’abus des « hors-concours »,
et pour arrêter, par des mesures appropriées, le
flot montant des exposants sans valeur. Que l’on

ne s’hypnotise pas du reste, sur le passé, sur le
fait qu’il y a eu jadis un Salon unique; on parle
de sa « résurrection » : ne vaudrait-il pas mieux
chercher quelque chose de nouveau ?

Pour ce qui est du Salon d’automne, nous
n’apercevons aucunement les motifs d’une réu-
nion qui le ferait tout simplement disparaître. Au
contraire de la Société nationale, il a gardé toute
son originalité, et ce n’est point seulement le
fait de son plus jeune âge. Il a un caractère bien
tranché, qui lui assure une importance particu-
lière, une signification déterminée.

Et puis il ne faut pas se faire d’illusions. Si
l’on entend poursuivre, par l’unification des
Salons, une amélioration de leur niveau artisti-
que, on préparera inévitablement les voies à
l’éclosion de sociétés nouvelles, dans le genre du
Salon d’hiver ou de l’École française, qifijouissent
indûmentde l’hospitalité officielleau Grand-Palais
et répondent à un besoin d’exposer en quelque
sorte maladif et sans cesse accru. On devrait com-
mencer par décourager les manifestations de ce
genre dont le caractère artistique est complète-
ment nul ; elles verront au contraire affluer les bar-
bouilleurs et les amateurs évincés du Salon unique.

En somme, le Salon unique ne nous affran-
chira pas de l’énorme production courante et il
risque d’accentuer la monotonie des grands
Salons actuels. Prenons garde que la diversité
est indispensable en art, que la recherche et
l’effort, même saugrenus au premier aspect, sont
nécessaires et cent fois moins gênants que le fade,
le médiocre et l’insignifiant. Il semble, au surplus,
que nous puissions supporter trois Salons : le
Salon de -printemps, qui serait constitué par les
deux grandes sociétés naguère séparées, le Salon
d’automne, le Salon des indépendant, néces-
saire aux plus libres tendances et dont il ne faut
pas oublier que tout l’art actuel est sorti. Mais
à coup sûr il n’en faudrait pas davantage, et ces
trois-là auraient intérêt à réduire nettement le
nombre de leurs exposants.
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