La chronique des arts et de la curiosité — 1921

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ET DE LA CURIOSITÉ

13 S

écrits publiés sur les Salons et les expositions d’art
qui eurent lieu à Paris depuis le début du xixe siècle
jusqu’à la guerre de 1870, et, bien qu’il n’y soit tenu
compte que des expositions collectives officielles —
parmi lesquelles, du reste, se trouvent les Expositions
universelles de 1855 et de 1867 — on voit tout de
suite quelle montagne de documents devait affronter
l’érudit explorateur.

Après avoir d’abord groupé, dans un premier
paragraphe, les recueils généraux, comme les Salons
de Baudelaire, de Castagnary, de Thoré-Bürger et
autres, Y Art moderne d’Huysmans, etc., il aborde par
année les écrits spéciaux ou les articles de périodiques
consacrés aux expositions, donnant sur chacun les
références bibliographiques les plus complètes, notant
les renseignements particuliers, qui s’y trouvent, etc.
On devine sans peine quel profit les historiens et cri-
tiques d’art tireront d’un répertoire aussi complet et
aussi minutieux, et l’on partagera leur regret que les
notes prises par Tourneux pour la continuation de et
travail jusqu’en 1900 n’aient pu être retrouvées dans
ses papiers. Souhaitons qu’elles le soient un jour et
témoignons, en attendant, notre reconnaissance à
Mme Tourneux d’avoir servi si bien la mémoire de
son mari et la cause de l’histoire de l’art en éditant
ces fiches si précieuses.

Auguste Marguillier.

Louis Réau. Mathias Grünewald et le retable
de Colmar. Nancy, Paris et Strasbourg, Berger-
Levrault, éd.(i92o). Un vol. in-4, de xxxxn-380 p.
av. 58 fig. et 13 planches (73 fr.).

A. Groner. — Die Geheimnisse des Isenheimer
Altares in Colmar. Strassburg, J.-H.-E. Heitz
(1920). Une broch. in-8, de 42 p. (col 1. « Studien
zur deutschen Kunstgeschichte »),

Depuis une vingtaine d’années l’attention des histo-
riens s’est tournée avec un intérêt de' plus en plus
marqué vers la figure énigmatique d’un artiste alle-
mand de la fin du xvc siècle, Mathias Grünewald
d’Aschaffenburg, dont les œuvres colorées et tour-
mentées comptent parmi les productions picturales les
plus originales et les plus puissantes de l’art germa-
nique. A la suite de M. H.-A. Schmid en 1894, d’au-
tres érudits d’outre-Rhin, MM. F. Bock, Josten,
Hagen, H. Retirer, etc., se sont employés à dissiper
les ténèbres accumulées autour de la vie et de l’œuvre
de ce maître troublant et à étudier son ouvrage prin-
cipal : les panneaux peints du retable d’Isenheim.

Un de nos meilleurs historiens, notre collaborateur
M. Louis Réau, particulièrement bien informé de tout
ce qui concerne l’art allemand, a pensé avec raison
qu’il convenait de dresser le bilan de toutes ces recher-
ches et, ajoutant ses observations personnelles à celles
de ses devanciers, vient de résumer l’état actuel de la
science sur Grünewald et son œuvre. Le moment en est
d’autant mieux choisi que le retour de l’Alsace à la
France a fait revenir entre nos mains le chef-d’œuvre
de l’artiste : l’ensemble de panneaux qu’il peignit, à la
demande du prieur du couvent des Antonites'd’Isen-
heim, pour le retable monumental destiné à l’église de

cemonastère et qui — nos lecteurs le savent déjà par
les pages pénétrantes que vient de lui consacrer dans
la Gazette M. Claude Champion (1) —est conservé
aujourd’hui au Musée de Colmar.

Avec une érudition qui n’ignore aucun des travaux
publiés sur le maître franconien tant en Allemagne
que dans les autres pays, M. Réau a résumé très
clairement tout ce qu’on sait jusqu’à présent sur lui
et essayé de mettre un peu de lumière dans les ren-
seignements biographiques peu nombreux et assez
obscurs qu’on possède. Né probablement à Aschaffen-
burg entre 1470 et 1473, Grünewald serait mort vers
1330. Après avoir évoqué l’état d’âme de cette épo-
que et sa répercussion sur l’art, M. Réau montre
quelles influences artistiques, à côté de ces influences
morales, durent s’exercer sur le peintre : celles de
l’école du Rhin moyen, de Conrad Witz, de Schon-
gauer, du Maître du Hausbuch et aussi de Holbein le
Vieux et de Dürer, puis il examine quelles œuvres peu-
vent lui être sûrement attribuées ; ce seraient : la
Crucifixion du Musée de Bâle, première ébauche des
Crucifixions de Colmar et de Carlsruhe, le Christ aux
outrages de la Pinacothèque de Munich, le Saint Cyria-
que et le Saint Laurent en grisaille ayant-fait partie
du célèbre retable Haller peint par Dürer et conser-
vés aujourd’hui au Musée de Francfort; puis le reta-
ble d’Isenheim, centre et apogée de l’œuvre de
Grünewald; enfin, dérivant plus ou moins de ce chef-
d’œuvre, le retable de la collégiale d’Aschaffenburg
retraçant le Miracle de Notre-Dame des Neiges, et dont
les fragments sont aujourd’hui à Stuppach et à Fri-
bourg-en-Brisgau, le retable de Saint Maurice et saint
Erasme peint pour Halle et aujourd’hui à Munich, le
Portement de croix et la Crucifixion du Musée de
Carlsruhe provenant de l’ancien autel de Tauber-
bischofsheim, et une Pietàen forme de prédelle.conservée
à l’église d’Aschaffenburg, à quoi s’ajoutent des œu-
vres perdues, attestées par des documents, dont
M. Réau donne (p. 282 et suiv.) la nomenclature, et
des dessins aux Cabinets des estampes de Berlin, de
Carlsruhe, de Dresde, à la Bibliothèque de l’Univer-
sité d’Erlangen, à l’Ashmolean Muséum d'Oxford,
au Louvre, au Musée de Stockholm, à l’Albertina de
Vienne, etc.

De toutes ces œuvres, M. Réau donne l’histoire
aussi précise que possible, avec une description et
une analyse minutieuses — qui, pour le seul retable
d’Isenheim n’occupent pas moins de 123 pages — et
il éclaire son texte.de reproductions fidèles d’ensem-
ble ou de détail souvent très belles (en particulier pour
l’autel d’Isenheim) qui ajoutent grandement à l’intérêt
de ses commentaires.

Deux derniers chapitres sont consacrés à résumer
les caractères de l’art de Grünewald — « grand colo-
riste au milieu d’un peuple de dessinateurs et de gra-
veurs », étonnant par l’éclat d’une palette extrême-
ment riche, se dressant à part, ni gothique, ni Renais-
sant — et à montrer son influence sur les artistes
allemands du xvie siècle, sur l’école hollandaise du
xviie, et sur la peinture allemande moderne, notam-
ment sur Boecklin.

(1) N° de juillet, p. 1 et suiv.
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