Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

LE CHATEAU DE LAEKEN

es lecteurs de la Gazette n’en sont plus à apprendre le funeste
événement par lequel a débuté, pour la Belgique, l’année nou-
velle : la destruction par le feu du château de Laelcen, résidence
préférée du roi Léopold. Créé sous la domination autrichienne,
ce palais, sans pouvoir prétendre au titre de monument histo-
rique, n’en avait pas moins à bien des points de vue une importance considérable,
et les souvenirs que son nom même évoque doivent laisser, dans l'histoire de la
nation belge, des traces ineffaçables.

Bâti par Albert de Saxe Teschen, l’époux de Marie-Christine, l’une des filles de
Marie-Thérèse, le même personnage dont la collection d’estampes et de dessins,
aujourd’hui conservée à Vienne, est fameuse dans le monde sous le nom d’Albertina,
Laeken annonçait de loin son époque. Je dis de loin, car, en effet, le voyageur l’aper-
cevait sur la droite, à quelque distance, par une échappée de vue sur les frondaisons
d’un parc superbe, avant de toucher à la gare du Nord. C’était la dernière encore
intacte des demeures royales de l’ancien régime. Le vieux palais de Nassau, où
Charles de Lorraine eut sa résidence après l'incendie de la cour en 1731, n’a
conservé qu’un escalier d’aspect monumental et quelques salons, occupés aujour-
d’hui par le Cabinet des estampes et la section des Manuscrits de la Bibliothèque
royale. Schaycs, dans son Histoire de l'architecture en Belgique, observe que nos
anciens gouverneurs généraux, à dater de Charles-Quint, attachèrent plus de prix
ii leurs résidences d’été qu’à leurs habitations urbaines. C’est parfaitement exact.

Les châteaux de Marieinont, de Binche, de Tervueren, un pavillon érigé à
Boisfort par Boffrand, pour Maximilien Emmanuel, étaient d’une splendeur
attestée par de nombreux écrivains. Tous ont péri dans les flammes et, avec eux,
des trésors d’art d’une valeur inestimable. Le Palais de Bruxelles, l’ancienne rési-
dence des ducs de Brabant, après eux, des ducs de Bourgogne, de Charles-Quint,
de Philippe II, d'Albert et Isabelle, n’était pas moins riche en splendeurs artisti-
ques. Il me suffira de citer une seule œuvre : l’incomparable Mabuse, l'Adoration
des rois, presque miraculeusement préservé dans l’incendie de la chapelle et main-
tenant possédé par le comte de Carlisle, au château de Castle-IIoward.

C’est sur l'emplacement du vieux palais et do ses abords que fut créé l’ensemble
de la place royale et des rues environnant le parc, taillé dans les jardins de la
demeure impériale.
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